vendredi 8 mars 2013

Célébrer les victoires du Swaziland en cette Journée internationale de la femme


Pour plusieurs femmes canadiennes, la Journée internationale de la femme ne justifie pas une réflexion profonde. Depuis nos milieux de travail et nos maisons confortables, les injustices qu’affrontent les femmes dans le reste du monde peuvent ne pas nous sembler pertinentes dans notre vie de tous les jours. Que pouvons-nous faire pour les femmes du Zimbabwe qui ont été brutalement violées lors des dernières élections — une tactique utilisée comme arme politique dans beaucoup trop d’endroits? Que peut-il être fait pour les filles, comme Malala Yousafzai, qui ont mis leur vie en jeu simplement pour aller à l’école? Et même si nous nous indignons en voyant les droits fondamentaux des filles et des femmes continuellement mis en péril, que pouvons-nous faire d’aussi loin?

Il est facile d’oublier que de braves pionnières canadiennes nous ont permis d’obtenir les avantages dont nous bénéficions aujourd’hui. Il y a moins de 100 ans, les canadiennes ne pouvaient pas voter et il y a seulement 50 ans, la diffusion d’information à propos de la contraception était criminalisée. En relativement peu de temps, les canadiennes ont fait, et continuent de faire, des gains essentiels que nous espérons permanents dans notre lutte pour l’égalité. Il est clair qu’il y a beaucoup à faire à la maison, de briser le plafond de verre à mettre fin à la violence et aux abus. Cependant, l’égalité entre les sexes ne se limite pas à un pays; l’équité n’est réellement atteinte que lorsque les filles et les femmes de partout bénéficient des mêmes droits et des mêmes avantages. Quand nous entendons des histoires de jeunes filles ne pouvant pas aller à l’école et que nous voyons des images de femmes ayant été systématiquement violées, nous sommes tous affectés. Dans un monde de plus en plus mondialisé et numérisé nous sommes interconnectés — nous pouvons nous indigner de ce que nous voyons mais nous pouvons aussi en être inspiré et prendre action.

Prenez le Swaziland en guise d’exemple. Le Swaziland ActionGroup Against Abuse (SWAGAA), un groupe d’action swazi contre l’abus sexuel, partenaire de Carrefour International, a milité pendant près de deux décennies en faveur d’une réforme légale au Swaziland, où les coutumes sociales, économiques et culturelles renforcent et perpétuent des inégalités entre les sexes et la discrimination dans toutes les sphères de la vie des femmes. Avant qu’une nouvelle constitution ne soit adoptée en 2006, les femmes swazies avaient un statut légal moindre, les empêchant d’accéder au droit de propriété ou même d’ouvrir un compte bancaire sans la permission d’un homme de leur famille.

À la fin de l’année 2012, les femmes swazies ont célébré un succès majeur: l’adoption de laloi pour la protection et le bien-être des enfants. Avec le puissant leadership du SWAGAA et d’autres organisations de défense des droits de la femme, la loi interdit les relations sexuelles avec un enfant de moins de 16 ans, et dorénavant, la loi interdit aux hommes de se marier avec une femme d’âge mineur. Voilà qui représente un immense gain pour les droits de la femme de ce pays puisque les mariages forcés de filles mineures sont pratique courante au Swaziland. De nombreuses filles ont été forcées d’épouser des hommes de plusieurs années leur ainé, les exposant à un risque accru de contracter le VIH dans ce pays réputé pour avoir la plus grande incidence de SIDA au monde. Ces filles et jeunes femmes sont particulièrement à risque puisque plusieurs d’entre elles sont la deuxième, troisième, ou même la quatrième femme d’une union polygame avec peu ou pas d’accès aux soins de santé et à l’éducation.

Grâce à l’élan de cette réussite remarquable, les femmes du Swaziland concentrent actuellement leurs efforts vers l’adoption du projet de loi contre les infractions à caractère sexuel et la violence conjugale. Ce projet de loi remplacerait des lois antiques qui ne traitent pas des crimes tel que le viol avec la force nécessaire pour dissuader les agresseurs. Bien que le projet de loi ait été adopté par l’assemblée législative en octobre 2011, il a été bloqué au parlement et est actuellement devant le sénat. Elles ont maintenant besoin de soutien financier continu afin de poursuivre ce travail révolutionnaire.

Nous vivons dans un monde globalisé où il n’y a pas que l’argent et les biens tangibles qui traversent les frontières, mais aussi les croyances et les injustices. Les canadiennes savent que l’égalité pour les femmes et les filles est un problème qui concerne tout le monde. Alors que le monde semble leur avoir tourné le dos, nous pouvons faire savoir aux femmes sur la ligne de front que nous sommes attentifs et que nous nous soucions de leur sort. En cette Journée internationale de la femme, je vous incite tous et toutes de faire savoir aux femmes du monde que les canadiens se soucient de l’égalité entre les sexes. Soutenez une organisation canadienne travaillant pour l’avancement des droits de la femme ici au Canada, mais soutenez aussi une organisation canadienne travaillant avec des groupes de femmes à l’international. Le changement véritable et durable demande du temps — et de l’argent — mais avec un soutien continu et un effort concerté de toutes les femmes autour du monde, nous pouvons atteindre l’égalité. 

vendredi 2 novembre 2012

Les filles, agentes de changement


Si nous avions, ne serait-ce que l’espace d’un instant, cru que les filles étaient respectées et jouissaient d’un traitement égal, une horrible nouvelle communiquée le mois dernier nous a brutalement et totalement détrompés. Malala Yousafzai, une jeune Pakistanaise de 14 ans, a été attaquée et grièvement blessée par balle par les talibans pour la simple raison qu’elle allait à l’école. L’exemple est certes extrême, mais il témoigne du fait que d’innombrables filles, partout dans le monde, ne jouissent pas des droits humains pourtant les plus fondamentaux.

Les Nations unies ont déclaré le 11 octobre 2012 la première Journée internationale des filles, au terme d’une campagne internationale menée par le Canada. L’exemple de Malala Yousafzai démontre, comme bien d’autres, l’importance d’une journée vouée aux filles. Dans de nombreux pays, le chemin vers l’éducation et un revenu suffisant est semé de graves embûches, sous la forme du mariage forcé et en bas âge, de la violence sexuelle et de l’extrême pauvreté. Cette journée contribue non seulement à braquer les projecteurs sur la discrimination à l’égard des filles, mais aussi sur le travail extraordinaire et inspirant qu’accomplissent des femmes et des filles pour changer leurs communautés et leur monde.

Nous avons ici l’occasion de transformer notre outrage collectif à l’endroit du sort réservé à Malala en appel à l’action; et nous devons la saisir. Nous pouvons appuyer et promouvoir le travail des femmes et des filles extrêmement courageuses qui montent au front. Et nous pouvons décider d’investir dans les femmes et les filles, qui sont des agentes de changement. 

Chez Carrefour, nous misons sur les femmes et sur les filles. Nous investissons dans des idées prometteuses, en offrant à nos partenaires le soutien nécessaire pour élaborer des programmes, les mettre à l’essai, les implanter et échanger ensuite leurs apprentissages avec d’autres. En témoigne l’exceptionnel programme des clubs d’autonomisation des filles lancé en 2008 par le partenaire de longue date de Carrefour, le Swaziland Action Group Against Abuse (SWAGAA). Ce programme offre maintenant à 400 Swazies d’âge scolaire un lieu sûr où parler des abus dont elles sont victimes. Elles y reçoivent du counselling, font l’apprentissage de leurs droits, découvrent les modes de transmission du VIH et prennent part à des discussions sur la violence sexuelle et les abus. Elles y développent aussi leurs habiletés de leadership. Les résultats préliminaires du programme sont prometteurs. De plus en plus de filles sont enclines à parler des abus dont elles sont victimes et à demander de l’aide. D’après les enseignants, dès la première année du programme, le taux de grossesse chez les adolescentes avait chuté de moitié, tandis que la fréquentation et le rendement scolaires des membres du club avaient grandement progressé. Il est à souhaiter que ce programme puisse poursuivre l’autonomisation des filles au fil des ans, de sorte qu’elles soient mieux outillées pour faire valoir leurs droits et devenir les chefs de file de demain.

Carrefour a la grande chance de bénéficier du soutien et du leadership de Cebile Manzini-Henwood, directrice générale du SWAGAA, au sein de son conseil d’administration. L’un des plus beaux côtés de mon travail est de rencontrer des femmes extraordinaires et de collaborer avec elles. Cebile a un parcours professionnel très riche et de nombreuses réalisations à son actif, mais elle est avant tout une féministe, une survivante et une activiste, passionnée des droits des femmes et de la vie. Elle croit que nous avons tous une mission dans la vie et que notre vie ne prend tout son sens que le jour où nous entreprenons la réalisation de ce but ultime. Pour de plus amples renseignements sur Cebile, le SWAGAA et notre travail d’autonomisation des filles, écoutez le balado au lien suivant: http://www.cintl.org/podcast/world-class-broadcasters-raise-for-girls (en anglais).

Pour en savoir plus sur l’importance de la Journée internationale des filles décrétée par l’ONU et les programmes d’autonomisation des filles du SWAGAA, lisez le billet de Karen publié dans le Vancouver Sun du 10 octobre 2012. L’article a aussi paru dans le Saskatchewan Star Phoenix le jour suivant : http://www.vancouversun.com/news/Smart+investments+protect+rights+girls+change+world/7369946/story.html#ixzz2AiCXuJoR




mardi 3 juillet 2012

Un printemps bien rempli

Ici au Canada, l’arrivée du printemps marque le début d’une saison plus clémente où l’on peut ralentir notre rythme de travail et célébrer le retour du soleil, des fleurs et des activités à l’extérieur.

À Carrefour, toutefois, nous étions si occupés que nous avons à peine remarqué le changement de saison. Deux jours après le début officiel du printemps, un groupe de soldats évinçait du pouvoir le gouvernement du Mali, alors que des rebelles s’emparaient de territoires dans le Nord du pays. Pendant un bref moment, la situation a paru échapper à tout contrôle. Le calme est maintenant revenu dans la capitale, mais le coup d’État et l’instabilité persistante dans le Nord ont semé la peur dans le cœur et l’esprit des Maliens. Nos partenaires dans le pays ont redoublé d’efforts pour assurer la poursuite de leurs projets, et nous les avons appuyés sans relâche.

Notre printemps bien rempli, nous le devons aussi à l’essor sans précédent qu’a pris notre travail de promotion des droits des femmes et des filles. Et nous en sommes très fiers. Comme en témoigne le retrait controversé de la mention « accès aux services de santé reproductive » de la déclaration finale du récent sommet RIO+20, les droits des femmes sont toujours l’objet d’âpres négociations dans la plupart des régions du monde. Nous devons demeurer vigilants pour protéger et améliorer les droits des femmes et des filles, et leur accès à des moyens de subsistance durables. Voici les faits saillants du printemps sur ce front :
  • À Toronto, Pam Hillen et Sarah Giddens, volontaires de Carrefour, ont tenu avec grand succès l’événement « Global Girl Power » qui a permis d’amasser 12 000 $ pour des programmes à l’appui des droits des femmes dans les pays en développement. J’ai eu l’honneur d’y prendre la parole aux côtés de Ntombi Nyoni, juriste au sein du Swaziland Action Group Against Abuse, organisation partenaire de Carrefour, et de deux journalistes parmi les plus appréciés au Canada, Lyse Doucet de la BBC, présidente d’honneur de Carrefour, et Anna Maria Tremonti de la CBC. Ce fut une soirée formidable et un plaisir d’entendre Lyse et Anna Maria relater leurs expériences de travail communes et souligner l’importance d’appuyer les filles et les jeunes femmes dans les pays en développement pour qu’elles puissent jouir d’une vie meilleure en toute sécurité.  
  • À Istanbul, des femmes de toutes les régions du monde se sont rassemblées pour apprendre, s’organiser et s’exprimer au 12Forum international de l’Association pour les droits de la femme et le développement (AWID), un événement extrêmement inspirant. Des représentantes de 12 de nos organisations partenaires d’Afrique de l’Ouest et d’Afrique australe, de même que des membres de notre équipe des programmes au Canada ont ainsi profité d’une rare occasion de réfléchir ensemble, de nouer de nouveaux liens et d’échanger des idées pour améliorer la situation des femmes dans nos collectivités.  
  • Au Manitoba, nous avons rencontré les membres du cabinet, y compris le premier ministre Greg Selinger, pour présenter les résultats de notre action avec les populations locales afin de transformer le travail des productrices rurales en Bolivie et au Niger. Les membres du gouvernement et du Conseil manitobain pour la coopération internationale ont chaudement accueilli notre message et ont indiqué qu’ils entendaient maintenir leur soutien aux femmes et aux filles en Afrique et en Amérique latine.
  • À Halifax, Joan Campbell, membre chevronnée (et sortante) du personnel de Carrefour est parvenue à obtenir un appui record de la part d’une nouvelle sympathisante de Carrefour. Marjorie Lindsay a consenti un don additionnel de 50 000 $ pour appuyer le travail de Carrefour auprès des femmes et des filles. Âgée de 86 ans, mais n’ayant rien perdu de sa fougue de jeunesse, Marjorie est une femme inspirante qui croit fermement que les Canadiens doivent appuyer les femmes et les filles tant au Canada qu’outre-mer. Merci Marjorie!   
 Bien que le printemps ait officiellement pris fin le 19 juin, la lutte pour abattre les obstacles qui s’opposent aux femmes et aux filles se poursuit. Dans la foulée de nos succès du printemps, nous tiendrons un événement de financement le 20 septembre à Vancouver, en présence de Rose Mensah-Kutin, directrice générale d’Abantu for Development au Ghana, organisation partenaire de Carrefour. Elle parlera du rôle des femmes au titre des politiques sur les changements climatiques. Si vous prévoyez être à Vancouver à ce moment-là, appelez-nous au 416-967-1611 pour acheter votre billet afin d’assister à cet événement qui s’annonce marquant.