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mardi 1 février 2011

Motifs d'espoir


En 2011, j’ai décidé d’amorcer l’année différemment et de faire fi des résolutions du Nouvel An. Pas que je sois incapable de tenir mes résolutions : au fil des ans, celles-ci m’ont amenée à courir un demi-marathon, à cesser de fumer, et à suivre le cours de peinture dont j’avais tant parlé.

En 2010, la situation s’est énormément détériorée pour un grand nombre de personnes dans le monde. Il y a d’abord eu le tremblement de terre en Haïti, puis la sécheresse prolongée au Niger, puis les inondations dévastatrices au Pakistan et dans de nombreux autres pays. Or, ces terribles désastres ne sont rien comparativement à la misère qui les a précédés et qui continue de gruger le potentiel de 1,75 milliard de personnes, d’année en année. Cette année donc, les bonnes résolutions personnelles ne me suffisent plus, j’ai besoin de motifs d’espoir.

Voici donc mon palmarès 2011 des 10 motifs d’espoir — puisés auprès de Carrefour et dans le monde — où, malgré les obstacles, les gens ont uni leurs forces pour faire valoir leurs droits de vivre dans la dignité, de gagner un revenu décent et de déterminer leur avenir.

Des femmes exercent leur leadership au Togo
Togo — En date de janvier 2010, le partenaire de Carrefour GF2D avait offert une formation en matière de leadership à plus de 130 femmes dans 36 villages. Des femmes comme Abla, 63 ans, qui ont acquis de l’assurance grâce cette formation, trouvent des moyens d’accroître la participation des femmes à la prise de décisions. Abla, pour sa part, a réussi à faire en sorte que la route qui mène à son village soit accessible à longueur d’année et que les autorités affectent bel et bien les fonds que les villageois avaient amassés à la construction d’une école. Autre motif d’optimisme? La fondatrice et membre du conseil d’administration de GF2D, Kafui Brigitte Adjamagbo Johnson, est devenue la première femme à se porter candidate à la présidence du Togo.

Adoption d’une loi instituant la parité au parlement sénégalais
Sénégal — En mai, le parlement sénégalais a adopté avec une écrasante majorité une loi qui instaure la parité intégrale entre les sexes. À tous les ordres de gouvernement, les partis politiques doivent dorénavant présenter un nombre égal de candidates et de candidats aux élections. Les activistes saluent l’adoption de la loi et affirment qu’elle augmentera le nombre de femmes au parlement sénégalais.

Les femmes de nouveau au rang des priorités?
Canada — Vous auriez bien sûr pu vous offusquer qu’une sénatrice bien connue lance à votre intention et à celle de vos sympathisantes « Fermez vos cri?#! de gueules. » Mais, ce petit conseil politique éclairé, donné en mai dernier par la réputée sénatrice et activiste des droits des femmes Nancy Ruth à un auditoire d’activistes des droits des femmes, a jeté les bases d’un débat national crucial sur l’engagement du Canada en matière de droits des femmes au pays et ailleurs dans le monde. Le débat s’est articulé autour de la promesse du Canada de s’imposer comme chef de file mondial, grâce à son initiative sur la santé maternelle et infantile au G8/G20.

Reconnaissance longtemps attendue pour les Zimbabwéennes
Zimbabwe – Chaque fois que la situation des femmes au Canada m’afflige, je pense à la Coalition des femmes du Zimbabwe. Malgré l’oppression brutale et une crise économique d’une ampleur totalement inconnue au Canada, elles continuent de travailler – et de se faire entendre. En mai, la Coalition des femmes du Zimbabwe a été reconnue au Canada pour son travail soutenu de promotion des droits des femmes, notamment pour l’adoption en 2007 d’une mesure sans précédent, la Loi sur la violence familiale. Le Conseil canadien pour la coopération internationale a rendu hommage à la Coalition en créant le Fonds Betty Plewes, un prix annuel qui souligne le leadership remarquable d’une organisation à but non lucratif africaine dont le travail de recherche et politique renforce les droits des femmes.

Lancement d’ONU Femmes
Monde — En juillet, les États membres de l’ONU ont créé l’Entité des Nations unies pour l’égalité des sexes et l’autonomisation des femmes — ONU Femmes — pour accélérer les progrès en matière d’égalité des sexes et d’autonomisation des femmes. En septembre, l’ex-présidente du Chili, Michelle Bachelet, une femme dotée d’une force extraordinaire, a été nommée directrice générale de la nouvelle organisation.


Croissance du commerce équitable
Bolivie – En septembre, avec l’appui de Carrefour, FONCRESOL a créé un projet pilote, Fonds de prêts pour le commerce équitable. Une recherche réalisée par des Carrefouristes et FONCRESOL a permis de cerner trois étapes cruciales où les agriculteurs ont besoin d’une injection de capitaux : production, postrécolte et commercialisation. Or, les sommes dont ont besoin les producteurs du commerce équitable sont soit trop élevées pour faire l’objet d’un microprêt ou trop petites et assorties d’un risque trop grand pour les banques traditionnelles. Le projet pilote a connu un franc succès. En trois mois, les producteurs ont réussi à exporter leur café en Belgique et à rembourser leur prêt. Le fonds Crédito Justo de 50 000 $ permettra dorénavant aux producteurs du commerce équitable de développer leur entreprise.

Semences de l’espoir
Niger – Les nouvelles en provenance du Niger n’ont pas été bonnes. Conjuguées à l’instabilité politique, la sécheresse prolongée et les inondations extrêmes qui ont suivi et emporté les cultures et les maisons dans de nombreuses régions du pays ont plongé dans une situation désespérée une population déjà reconnue comme la plus pauvre dans le monde. Or, nos partenaires continuent d’aider les gens à accroître leur résilience – avec des banques de semences qui garantissent l’approvisionnement en semences pour les récoltes futures et la création de coopératives de produits locaux comme le beurre de karité et les jardins maraîchers qui procurent un revenu à leurs membres. En octobre, Carrefour a fourni à ses partenaires nigériens ONPHDB et ADD l’occasion de participer à une conférence régionale exceptionnelle sur l’économie sociale au Maroc. Les partenaires nigériens ont pu y rencontrer d’autres praticiens et, dans la foulée, améliorer et élargir leurs programmes, de même que stimuler les investissements futurs dans l’économie sociale en Afrique.

Un nombre croissant de filles font valoir leurs droits
Swaziland – En novembre, au terme d’un projet pilote fructueux fondé sur un modèle éprouvé au Zimbabwe, trois nouveaux clubs d’autonomisation des filles ont vu le jour au Swaziland, qui en compte maintenant huit. Aujourd’hui, plus de 280 filles participent aux clubs. Quels en sont les résultats? La coordonnatrice adjointe des clubs de filles récemment embauchée est… une ex-membre d’un club!

Vélos et votes
Ghana – En décembre, le Ghana a tenu des élections de district. Sur un total de plus de 17 000 candidats, moins des huit pour cent étaient des femmes. Mais, grâce à l’appui d’ABANTU, trois candidates dans la région de l’Upper West célèbrent aujourd’hui leur victoire en tant que représentantes à l’Assemblée de district. Avec l’appui de Carrefour canadien international et de la YWCA Canada, ABANTU a offert de la formation et de l’assistance à dix femmes candidates dans la région, notamment en mettant à leur disposition des vélos pour aider leur équipe à faire campagne.

Des jeunes bâtissent leur avenir
Mali – L’an dernier, Carrefour a amassé des fonds à l’intention d’un programme d’entrepreneuriat jeunesse au Mali. Grâce à ces fonds, 100 jeunes – 50 jeunes femmes et 50 jeunes hommes – travailleront avec AJA, partenaire de CCI, à mettre leur propre entreprise sur pied. Dans le cadre du programme, ils renforceront leurs compétences en planification d’affaires, seront encadrés par un coach et auront accès à des fonds de microcrédit spéciaux.

mardi 1 juin 2010

Passer des mots à l'action

Les femmes du Zimbabwe sont un modèle de lutte pour l'égalité

J’ai lu récemment Electing to Rape: Sexual Terror in Mugabe’s Zimbabwe, un rapport de l’organisation AIDS Free World, une initiative optimiste et ambitieuse co-fondée par l’ex-Envoyé spécial des Nations unies, Stephen Lewis.  

D’une page à l’autre du rapport, s’étalent les récits de femmes victimes de viols et d’actes de brutalité horribles. J’en avais les tripes nouées. Même des femmes dont le lien avec l’opposition politique est extrêmement ténu ont été la cible de ces actes. J’ai dû interrompre ma lecture.

Ce n’était bien sûr pas la première fois que je prenais connaissance de la terreur à laquelle se heurtent les Zimbabwéennes. En novembre 2008, les partenaires de défense des droits des femmes de Carrefour ont tenu une rencontre à Cape Town. Pour les Zimbabwéennes, cette rencontre s’est révélée un véritable exutoire. Elles ont livré un témoignage accablant sur la violence faite aux femmes et leurs craintes d’en être victime, alors qu’elles travaillent sans relâche pour appuyer les femmes, individuellement, et pour revendiquer la fin de la violence dans leur pays.

Donc, quand j’ai appris que la Coalition des femmes du Zimbabwe, un partenaire de CCI, avait reçu le prix Betty Plewes du Conseil canadien pour la coopération internationale en reconnaissance de son travail de promotion des droits des femmes, j’étais au septième ciel.

Carrefour canadien international a reçu le prix au nom de la Coalition des femmes du Zimbabwe et de toutes ses membres à l’occasion de l’assemblée générale du CCIC à Ottawa le 27 mai, en l’absence de la coordonnatrice nationale de l’organisation, Netsai Mushonga, qui n’a pas pu obtenir de visa pour venir au Canada. Pour en savoir plus

Nous avons beaucoup à apprendre de ces femmes courageuses. En dépit de la brutale oppression et d’une crise économique d’une ampleur inimaginable pour nous, elles continuent de travailler et de faire entendre leurs voix.

Naturellement, il n’y a pas qu’au Zimbabwe où les femmes sont victimes de violence. Dans plusieurs pays où nous travaillons – Swaziland, Sénégal – la violence faite aux femmes demeure généralisée et débilitante. Qui plus est, le recours systématique à la violence à l’endroit des femmes augmente dans notre monde de plus en plus militarisé.

C’est pourquoi il est vital que nous, au Nord, prenions la parole. Non seulement devons-nous dénoncer la violence à l’endroit de nos collègues et amies du Sud, mais aussi nous porter à la défense de toutes les femmes.

Lors du débat qui a fait couler beaucoup d’encre Où est le leadership du Canada en matière de promotion de l’égalité entre les sexes et des droits des femmes – qui a réuni le 3 mai sur la Colline parlementaire des spécialistes des droits des femmes et des femmes politiques de toutes les allégeances) –, la sénatrice Nancy Ruth, qui défend depuis longtemps les droits des femmes, a adressé un conseil éclairé à ses homologues : « Fermez vos cri*#! de gueules » ou vous risquez de vous attirer des représailles.

Son conseil, bien qu’un brin dramatique, était stratégique et empreint de bonnes intentions. C’est cependant la réponse simple de la panéliste Lydia Alpizar, directrice générale de l’Association pour les droits des femmes et le développement, que je retiens : « Je connais très peu de droits qui ont été acquis en gardant le silence », a-t-elle affirmé. Elle a prévenu les Canadiennes que la fermeture manifeste de l’espace démocratique où débattre ouvertement de ces questions et faire valoir nos droits dans notre pays pouvait aussi avoir de graves répercussions pour les communautés du Sud qui en sont encore à lutter pour définir ces espaces.

Comme l’a souligné Lydia Alpizar : « Il n’y a pas de baguette magique pour faire apparaître l’égalité entre les hommes et les femmes et les droits des femmes ». Des interventions comme l’intégration des questions relatives au genre, la microfinance et les systèmes de quotas pour l’accès des femmes à la vie politique sont toutes de bonnes idées pour lesquelles les femmes se sont battues. Mais « aucune d’entre elles, individuellement ou conjointement, ne va nécessairement mener à l’autonomisation des femmes. »

Qu’est-ce qui fonctionne ? Quel devrait être notre rôle ?

La réponse ne se situe pas seulement dans la teneur des programmes que nous mettons en place ou appuyons, mais aussi dans nos façons de faire. Notre rôle n’est pas d’apporter des solutions aux femmes du Sud, mais plutôt de travailler avec elles, d’investir dans leur potentiel, de défendre leurs droits et les nôtres. Tant au niveau local, comme le font les membres de la Coalition des femmes du Zimbabwe, qu’au niveau national et international, les femmes et les groupes de femmes sont les moteurs de la lutte pour l’égalité entre les sexes. Elles conçoivent et mettent en œuvre des stratégies pour permettre aux femmes de s’affranchir de la violence, d’accroître leur autonomie économique, d’affirmer leurs droits sexuels et à la reproduction, et de participer à parts égales dans une vaste gamme d’espaces politiques où sont prises les décisions qui affectent leur vie et leurs communautés.

Au lendemain du débat sur la Colline parlementaire, notre propre gouvernement a fait l’objet de vives critiques pour avoir sabré dans le financement de plus de 14 groupes de femmes, y compris celui de nos collègues de Match International, qui seront ainsi forcés de fermer leurs portes. Dans une intervention à la Chambre des communes au sujet des compressions budgétaires, l’honorable John Baird a déclaré : « Monsieur le Président, je vais être très clair. Notre gouvernement accorde un montant record de financement aux groupes de femmes. Nous avons un gros critère : nous voulons moins de causerie et plus d’action. »

Selon mon expérience de travail dans le milieu des droits des femmes au Canada et dans le monde depuis presque 20 ans, l’un ne va pas sans l’autre. Les droits ont préséance, les programmes pour atténuer les effets de l’inégalité suivent. Il est difficile de départir les organisations de femmes qui offrent des services de qualité de celles qui les ont exigés au départ.

La Coalition des femmes du Zimbabwe est un cas d’espèce. « Durant la violence, nous avons commencé à comprendre que nous devions intensifier nos efforts pour bâtir la paix et intervenir dans la vie politique de notre pays, a déclaré Netsai Mushonga dans un entretien à partir du Zimbabwe. Les femmes sont en très bonne posture pour mettre en place des changements sociaux positifs, a-t-elle ajouté. Pendant que certains hommes sont encore en « mode combat », des femmes investissent en développement et paix. Elles ne laissent plus l’espace public aux hommes ; elles l’occupent et y font valoir leur point de vue.

Bien que les gouvernements semblent mettre du temps à reconnaître cette notion fondamentale, nous avons la chance d’avoir au Canada un prix qui le reconnaît.