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mardi 1 mars 2011

Ouvrons les portes!

Célébrez le 100e anniversaire de la Journée internationale des femmes en rendant hommage à une femme inspirante

Cette année, j’ai célébré mon 50e anniversaire de naissance entourée de ma famille et de mes amis. Parmi eux, il y avait des dizaines de femmes qui, au fil des ans, ont profondément marqué ma vie personnelle et professionnelle. En faisant le point (comme on le fait souvent à un jalon important de nos vies), j’ai réalisé qu’elles avaient influencé non seulement ma vie, mais aussi celle de beaucoup d'autres. En tant que mères, sœurs, conjointes, avocates, comptables, travailleuses sociales, bénévoles et amies, elles touchent des milliers de personnes. Ces femmes dirigent des organisations, appuient des organismes, et exercent des fonctions de leader dans leur collectivité. Je suis privilégiée de les avoir en guise de mentors, de collègues et d’amies.

Mais l’une des femmes les plus déterminantes dans ma vie n’était pas présente à ma fête d’anniversaire, ma mère. À l’occasion de la Journée internationale des femmes, c’est à elle que je veux rendre hommage. 

Quand j’avais neuf ans, ma mère a décidé de quitter une relation de violence et d’élever seule ses cinq enfants. Dans les années 1960 et 1970 au Québec, il y avait bien peu de ressources à sa disposition. Partir signifiait qu'elle devrait travailler sans relâche pour arriver à joindre les deux bouts. Malgré les énormes obstacles sur son chemin, les longues heures qu’elle consacrait à son travail et à sa famille, elle trouvait toujours le temps nécessaire pour aider les autres, en faisant du bénévolat et en partageant le peu que nous avions. Encore aujourd’hui, ma mère est une bénévole active. Auprès de ma mère, j’ai découvert le courage, la force, la résilience et la générosité des femmes. 

Peut-être est-ce la volonté de suivre son exemple qui m’a amenée chez Carrefour. Aujourd’hui, Carrefour appuie des milliers de femmes ordinaires qui ne sont pas très différentes de ma mère. Ces femmes qui sont confrontées à d’énormes obstacles, peinent à gagner leur vie et améliorer celle de leurs enfants. Des femmes ordinaires, oui, mais qui font des choses extraordinaires – créer des entreprises viables, remettre les lois en question et les changer pour faire en sorte que d’autres puissent vivre à l’abri de la violence, et éduquer des filles afin qu’elles puissent réaliser leur plein potentiel. 

Chez Carrefour, nous ouvrons les portes à des milliers de femmes en Bolivie et en Afrique. Nous le faisons grâce au microcrédit qui les aide à mettre sur pied et à faire prospérer de petites entreprises. Nous le faisons aussi en contribuant à la création de coopératives qui permettent aux femmes de transformer leurs activités traditionnelles en entreprise viable et durable, génératrice de revenus. Nous investissons aussi dans des programmes d’autonomisation et de leadership à l’intention des filles et des jeunes femmes. Dans les collectivités où la violence faite aux femmes est endémique et où les femmes ne jouissent d’aucun droit humain fondamental, ces programmes donnent la possibilité aux femmes de devenir des chefs de file dans leur communauté. Fortes de cette confiance et ces compétences, ces femmes et ces jeunes filles bouleversent le statu quo et travaillent pour le changement

Joignez-vous à notre campagne OUVRONS LES PORTES! À l’occasion du 100anniversaire de la Journée internationale des femmes, participez aux célébrations en aidant des femmes en Afrique et en Bolivie à ouvrir des portes d'opportunités.

Il n’y a rien de plus facile :
  1. Inscrivez-vous et fixez-vous un objectif de financement personnel. 
  2. Pensez à une femme qui a ouvert des portes pour vous et à laquelle vous voulez rendre hommage en ouvrant des portes pour les femmes en Bolivie et en Afrique. Racontez son histoire sur votre page personnelle.
  3. Envoyez un courriel à vos amis. Demandez-leur de faire un don à la campagne OUVRONS LES PORTES en l’honneur d’une femme qui les inspire. 
  4. Changez des vies à jamais.

Votre don permettra à des femmes de certains des pays les plus pauvres du monde de gagner un revenu durable et d’accéder à l’autonomie. Merci pour votre appui!




mardi 1 février 2011

Motifs d'espoir


En 2011, j’ai décidé d’amorcer l’année différemment et de faire fi des résolutions du Nouvel An. Pas que je sois incapable de tenir mes résolutions : au fil des ans, celles-ci m’ont amenée à courir un demi-marathon, à cesser de fumer, et à suivre le cours de peinture dont j’avais tant parlé.

En 2010, la situation s’est énormément détériorée pour un grand nombre de personnes dans le monde. Il y a d’abord eu le tremblement de terre en Haïti, puis la sécheresse prolongée au Niger, puis les inondations dévastatrices au Pakistan et dans de nombreux autres pays. Or, ces terribles désastres ne sont rien comparativement à la misère qui les a précédés et qui continue de gruger le potentiel de 1,75 milliard de personnes, d’année en année. Cette année donc, les bonnes résolutions personnelles ne me suffisent plus, j’ai besoin de motifs d’espoir.

Voici donc mon palmarès 2011 des 10 motifs d’espoir — puisés auprès de Carrefour et dans le monde — où, malgré les obstacles, les gens ont uni leurs forces pour faire valoir leurs droits de vivre dans la dignité, de gagner un revenu décent et de déterminer leur avenir.

Des femmes exercent leur leadership au Togo
Togo — En date de janvier 2010, le partenaire de Carrefour GF2D avait offert une formation en matière de leadership à plus de 130 femmes dans 36 villages. Des femmes comme Abla, 63 ans, qui ont acquis de l’assurance grâce cette formation, trouvent des moyens d’accroître la participation des femmes à la prise de décisions. Abla, pour sa part, a réussi à faire en sorte que la route qui mène à son village soit accessible à longueur d’année et que les autorités affectent bel et bien les fonds que les villageois avaient amassés à la construction d’une école. Autre motif d’optimisme? La fondatrice et membre du conseil d’administration de GF2D, Kafui Brigitte Adjamagbo Johnson, est devenue la première femme à se porter candidate à la présidence du Togo.

Adoption d’une loi instituant la parité au parlement sénégalais
Sénégal — En mai, le parlement sénégalais a adopté avec une écrasante majorité une loi qui instaure la parité intégrale entre les sexes. À tous les ordres de gouvernement, les partis politiques doivent dorénavant présenter un nombre égal de candidates et de candidats aux élections. Les activistes saluent l’adoption de la loi et affirment qu’elle augmentera le nombre de femmes au parlement sénégalais.

Les femmes de nouveau au rang des priorités?
Canada — Vous auriez bien sûr pu vous offusquer qu’une sénatrice bien connue lance à votre intention et à celle de vos sympathisantes « Fermez vos cri?#! de gueules. » Mais, ce petit conseil politique éclairé, donné en mai dernier par la réputée sénatrice et activiste des droits des femmes Nancy Ruth à un auditoire d’activistes des droits des femmes, a jeté les bases d’un débat national crucial sur l’engagement du Canada en matière de droits des femmes au pays et ailleurs dans le monde. Le débat s’est articulé autour de la promesse du Canada de s’imposer comme chef de file mondial, grâce à son initiative sur la santé maternelle et infantile au G8/G20.

Reconnaissance longtemps attendue pour les Zimbabwéennes
Zimbabwe – Chaque fois que la situation des femmes au Canada m’afflige, je pense à la Coalition des femmes du Zimbabwe. Malgré l’oppression brutale et une crise économique d’une ampleur totalement inconnue au Canada, elles continuent de travailler – et de se faire entendre. En mai, la Coalition des femmes du Zimbabwe a été reconnue au Canada pour son travail soutenu de promotion des droits des femmes, notamment pour l’adoption en 2007 d’une mesure sans précédent, la Loi sur la violence familiale. Le Conseil canadien pour la coopération internationale a rendu hommage à la Coalition en créant le Fonds Betty Plewes, un prix annuel qui souligne le leadership remarquable d’une organisation à but non lucratif africaine dont le travail de recherche et politique renforce les droits des femmes.

Lancement d’ONU Femmes
Monde — En juillet, les États membres de l’ONU ont créé l’Entité des Nations unies pour l’égalité des sexes et l’autonomisation des femmes — ONU Femmes — pour accélérer les progrès en matière d’égalité des sexes et d’autonomisation des femmes. En septembre, l’ex-présidente du Chili, Michelle Bachelet, une femme dotée d’une force extraordinaire, a été nommée directrice générale de la nouvelle organisation.


Croissance du commerce équitable
Bolivie – En septembre, avec l’appui de Carrefour, FONCRESOL a créé un projet pilote, Fonds de prêts pour le commerce équitable. Une recherche réalisée par des Carrefouristes et FONCRESOL a permis de cerner trois étapes cruciales où les agriculteurs ont besoin d’une injection de capitaux : production, postrécolte et commercialisation. Or, les sommes dont ont besoin les producteurs du commerce équitable sont soit trop élevées pour faire l’objet d’un microprêt ou trop petites et assorties d’un risque trop grand pour les banques traditionnelles. Le projet pilote a connu un franc succès. En trois mois, les producteurs ont réussi à exporter leur café en Belgique et à rembourser leur prêt. Le fonds Crédito Justo de 50 000 $ permettra dorénavant aux producteurs du commerce équitable de développer leur entreprise.

Semences de l’espoir
Niger – Les nouvelles en provenance du Niger n’ont pas été bonnes. Conjuguées à l’instabilité politique, la sécheresse prolongée et les inondations extrêmes qui ont suivi et emporté les cultures et les maisons dans de nombreuses régions du pays ont plongé dans une situation désespérée une population déjà reconnue comme la plus pauvre dans le monde. Or, nos partenaires continuent d’aider les gens à accroître leur résilience – avec des banques de semences qui garantissent l’approvisionnement en semences pour les récoltes futures et la création de coopératives de produits locaux comme le beurre de karité et les jardins maraîchers qui procurent un revenu à leurs membres. En octobre, Carrefour a fourni à ses partenaires nigériens ONPHDB et ADD l’occasion de participer à une conférence régionale exceptionnelle sur l’économie sociale au Maroc. Les partenaires nigériens ont pu y rencontrer d’autres praticiens et, dans la foulée, améliorer et élargir leurs programmes, de même que stimuler les investissements futurs dans l’économie sociale en Afrique.

Un nombre croissant de filles font valoir leurs droits
Swaziland – En novembre, au terme d’un projet pilote fructueux fondé sur un modèle éprouvé au Zimbabwe, trois nouveaux clubs d’autonomisation des filles ont vu le jour au Swaziland, qui en compte maintenant huit. Aujourd’hui, plus de 280 filles participent aux clubs. Quels en sont les résultats? La coordonnatrice adjointe des clubs de filles récemment embauchée est… une ex-membre d’un club!

Vélos et votes
Ghana – En décembre, le Ghana a tenu des élections de district. Sur un total de plus de 17 000 candidats, moins des huit pour cent étaient des femmes. Mais, grâce à l’appui d’ABANTU, trois candidates dans la région de l’Upper West célèbrent aujourd’hui leur victoire en tant que représentantes à l’Assemblée de district. Avec l’appui de Carrefour canadien international et de la YWCA Canada, ABANTU a offert de la formation et de l’assistance à dix femmes candidates dans la région, notamment en mettant à leur disposition des vélos pour aider leur équipe à faire campagne.

Des jeunes bâtissent leur avenir
Mali – L’an dernier, Carrefour a amassé des fonds à l’intention d’un programme d’entrepreneuriat jeunesse au Mali. Grâce à ces fonds, 100 jeunes – 50 jeunes femmes et 50 jeunes hommes – travailleront avec AJA, partenaire de CCI, à mettre leur propre entreprise sur pied. Dans le cadre du programme, ils renforceront leurs compétences en planification d’affaires, seront encadrés par un coach et auront accès à des fonds de microcrédit spéciaux.

mercredi 31 mars 2010

Repenser l’efficacité du développement

Il y a quelques jours, j’ai rencontré une Carrefouriste qui m’a donné à réfléchir.

Marina Salazar est une volontaire de 32 ans de Cochabamba, en Bolivie. Elle travaille auprès de Foncresol, un partenaire de longue date de Carrefour qui s’attache à réduire la pauvreté en offrant des prêts pour le démarrage de petites entreprises à certaines des personnes les plus pauvres de la Bolivie.

Marina est venue au Canada pour travailler avec l’organisation Haida Gwaii Community Futures et les communautés des Premières nations de l’archipel Haïda Gwaii. Son pays est le plus pauvre d’Amérique du Sud : la vaste majorité de la population bolivienne vit avec moins de 2 $ par jour.

Le but que Marina s’est fixé dans le cadre de son mandat au Canada est pour le moins inattendu : aider les communautés des Premières nations à mettre sur pied des banques communales pour sortir de la pauvreté.

C’est un domaine qu’elle connaît bien. Marina aide des gens, surtout des femmes, à démarrer de petites entreprises. L’un des principaux outils qu’emploie Foncresol pour y arriver est la banque communale. Pratiquement incapables d’obtenir des prêts auprès des institutions de crédit conventionnelles, les femmes sont les principales bénéficiaires des banques communales. La seule garantie qu’elles offrent en échange de leur prêt est la confiance des unes envers les autres. « Ces initiatives, au-delà de leur objectif économique, aident les gens à exercer leur leadership, déclare Marina. C’est une démocratie. Les membres choisissent parmi eux un président, un trésorier et un porte-parole. Ces personnes doivent rendre des comptes et, en cas de départ d’un membre, elles doivent veiller au remboursement de son prêt.»

Depuis 11 ans, Carrefour appuie Foncresol de diverses manières. Des volontaires canadiens ont contribué à l’analyse du risque et à l’étude de marché ainsi qu’aux aspects plus pratiques du travail, comme la conception de systèmes. CCI a aussi permis à Foncresol d’élargir la portée de son travail auprès des femmes en fournissant des fonds aux fins de microcrédit. Foncresol appuie maintenant plus de 200 banques communales. Marina m’a parlé de femmes qui parviennent à subvenir de plus en plus aux besoins de leur famille, à envoyer leurs enfants à l’école et à prendre leur vie en main. Et peu importe ce qui arrive, semble-t-il, elles remboursent leur dette.

Marina a effectué un long séjour au Canada. Selon elle, il est rare qu’en Bolivie une femme occupe un poste comme le sien. « Ce poste m’intéressait beaucoup, mais je pensais avoir très peu de chances de l’obtenir. Je me disais : je suis Bolivienne, je ne parle pas la langue. Les gens dans le Nord sont intelligents. Que pourrais-je donc leur apprendre? ... Ça me faisait très peur. Mon patron m’a dit que je devais mettre tout en œuvre pour obtenir ce poste, et nous y avons travaillé pendant quatre ans. Le projet auquel je comptais participer avait pour but de mettre sur pied des banques communales dans des communautés des Premières nations, en collaboration avec l’organisation Community Futures. »

« Les membres des Premières nations ont de nombreux problèmes économiques et sociaux, mais ils veulent agir pour améliorer leurs conditions de vie et s’affranchir de la drogue et de l’alcool. Nos clients en Bolivie veulent la même chose. Je crois que partout sur la planète, les gens ont le même rêve. Les gens veulent se lever le matin tout en sachant qu’ils ont du travail et que leurs enfants auront de quoi manger ce jour-là, et le suivant. Quand je me promenais dans les rues à Haïda Gwaii, les gens me saluaient. Ils savaient que j’étais là pour les aider à mettre sur pied des banques communales. La confiance qu’ils m’ont témoignée m’a beaucoup émue. »

« Cette expérience m’a apporté beaucoup plus que je ne l’imaginais. J’ai constaté que les gens de mon pays n’étaient pas les seuls à avoir besoin d’aide. De différentes manières et sous diverses formes..., je peux apporter quelque chose aux gens, grâce à mon engagement. Ce fut l’expérience la plus extraordinaire de ma vie. Ce partenariat a renforcé mon engagement envers Foncresol. Je crois que je vais y travailler jusqu’à la fin de mes jours. »

Cette rencontre m’a fourni matière à réflexion. La même semaine, je prononçais l’allocution d’ouverture de l’une des consultations du Forum sur l’efficacité du développement des Organisations de la société civile (OCS) qui se déroulent dans plusieurs pays. Je dois dire que j’ai passé énormément de temps dans des salles de conférence à discuter de l’efficacité de l’aide, mais, comme il ressort de ce forum, le véritable défi est d’arriver à accroître l’efficacité du développement.

Le monde a changé. De profondes disparités subsistent entre le Nord et le Sud. Or, en de nombreux endroits – notamment en Bolivie – a émergé une société civile solide. Et ces acteurs du développement de plus en plus puissants ne sont pas avares de critiques envers leurs homologues du Nord.

En tant qu’OCS du Nord, nous contribuons maintenant à hauteur de 25 milliards de dollars aux efforts de développement. Les cinq plus grandes familles d’ONG internationales de développement fournissent à elles seules des ressources qui totalisent 6 milliards de dollars. C’est plus que certains gouvernements.

Nous pourfendons les dirigeants mondiaux et dénonçons l’échec des donateurs à répondre aux réalités changeantes des pays en développement. Or, nous commençons à peine à jeter un regard critique sur notre travail. En tant qu’OCS du Nord, incarnons-nous les valeurs de solidarité sociale, de participation, de transparence et de respect que nous prônons? Suivons-nous les orientations et les priorités des acteurs locaux? Réussissons-nous à contribuer à un développement qui favorise l’autonomie des populations pauvres et marginalisées et habilite les femmes à faire valoir leurs droits?

Notre collègue canadien, Bernard Wood, chef de l’équipe de l’évaluation internationale de la Déclaration de Paris sur l’efficacité de l’aide, a déclaré : « Tout développement est indigène, de sorte que les gens de l’extérieur qui veulent aider doivent d’abord et avant tout travailler en vue d’autonomiser et d’appuyer. Si nous essayons de dicter ou d’imposer des façons de faire, nos actions n’auront jamais de résultats durables. »

Je crois qu’à Carrefour, nous l’avons toujours compris. Il est probablement trop tôt pour évaluer si une jeune banque communale à Haida Gwaii améliorera la vie des Premières nations qui l’ont créée (bien que Marina en soit convaincue), mais nous savons d’ores et déjà que notre partenariat avec Foncresol améliore la vie de Boliviennes. Marina, pour sa part, considère dorénavant les enjeux auxquels se heurtent la population de son pays et les communautés de Haida Gwaii comme des enjeux mondiaux, et elle croit pouvoir contribuer à leur solution.

L’activiste et éducatrice autochtone australienne, Lila Watson, a déjà dit : « Si vous êtes venus ici pour m’aider, vous perdez votre temps... Mais si vous êtes venus parce que votre libération est liée à la mienne, et bien travaillons ensemble. »

Ce principe est au cœur de l’approche de Carrefour. Bien que l’inégalité d’accès aux ressources et des obstacles culturels et linguistiques nous séparent, nous sommes tous inextricablement liés dans une cause humaine commune. Chaque jour, nous travaillons à éliminer ces obstacles pour bâtir notre avenir commun.

vendredi 29 janvier 2010

Que faire pour aider


L'effusion de l'aide canadienne à Haïti nous amène à réfléchir sur la manière d'éviter de telles catastrophes dans les pays les plus démunis.

Lorsque la nouvelle de ce terrible tremblement de terre en Haïti est tombée, les Canadiens n’avaient qu’une seule question en tête : que puis-je faire pour aider?

La réponse fut aussi rapide qu'impressionnante. En date du 25 janvier, la population canadienne a fait don de 80 millions de dollars pour appuyer l'aide d'urgence et les efforts de reconstruction. Dans les 24 heures, le gouvernement avait débloqué 5 millions de dollars et dans les 48 heures suivantes plus de 80 millions de dollars accompagnés d'une subvention de contrepartie à tous les dons individuels.   Le Canada a également envoyé des équipes de secours, l'équipe d'assistance en cas de catastrophe (DART) et du personnel militaire. Moins de deux semaines après le séisme, le Canada a convoqué une réunion des ministres des Affaires étrangères et des principaux acteurs multilatéraux, à Montréal, pour préparer pour une conférence de printemps sur la reconstruction d'Haïti.

Il est vrai que le Canada possède une longue histoire avec Haïti et que le pays est le plus important bénéficiaire de l'aide internationale canadienne juste après l'Afghanistan, et que cela a joué un rôle sur notre capacité d'intervention. De plus, Montréal héberge l'une des plus importantes diasporas haïtiennes. La majorité des organismes de développement et d'aide humanitaire sont présents dans le pays depuis plusieurs décennies. Nous connaissons bien le pays et sa population.

Nous pouvons nous réjouir de la réponse canadienne. La population canadienne a fait preuve de compassion. Mais de plus en plus les Canadiens se demandent également : « sérieusement, que peut-on faire pour aider. »

Comme un éditorial du Globe and Mail le faisait remarquer en janvier : « avec une promesse de dons qui se chiffre en millions de dollars et plus de 10 000 ONG sur le terrain, ce n'est pas les bonnes intentions qui manquent. »  Les éditorialistes et la population canadienne cherchent à savoir ce que les catastrophes de cette ampleur peuvent nous enseigner sur l'avenir du développement.

Lors de catastrophes naturelles, ce sont les plus pauvres et les plus marginalisés qui sont les plus violemment touchés. Et parmi les plus pauvres se sont souvent les femmes et les enfants qui en font les frais.

Ce désastre est d'autant plus aigu que la plupart des Haïtiens vivent dans la pauvreté chronique et désespérée. Comme Peter Hallward du Guardian l'a remarqué très justement : « la pauvreté et l'impuissance sont la cause de la magnitude de la tragédie haïtienne ». Avec moins de 2 dollars par jour, les Haïtiens n'ont pas la possibilité de s'armer contre les catastrophes telles que les tremblements de terre avec des maisons à l'épreuve des secousses sismiques.

La pauvreté en Haïti, tout comme la pauvreté dans les pays où CCI travaille en Afrique occidentale, Afrique australe ou en Amérique du Sud, n'est pas due au hasard, mais bien à des décennies d'exploitation et d'oppression par des nations plus riches. Une histoire qui se poursuit encore aujourd'hui avec les règles commerciales mondiales qui favorisent les pays riches et leurs producteurs tout en dévastant les économies nationales des pays en développement; le remboursement des dettes invalidantes qui détournent des ressources qui pourraient être utilisés à construire des infrastructures et de services solides;  d'imposer des conditionnalités et qui de surcroit contraignent les gouvernements à réduire leurs investissements dans les services publics essentiels comme la santé et l'éducation.

S'il est essentiel que nous appuyions les organismes sur le terrain en nous efforçant de répondre aux besoins immédiats, nous devons également nous pencher sur la manière dont notre aide publique au développement et notre politique étrangère, aujourd'hui et dans les années à venir, pourraient permettre de développer et de renforcer la résilience locale.

Un moyen important pour atténuer les catastrophes comme le tremblement de terre d'Haïti est d'investir dans la résilience des personnes et de leurs institutions. Les efforts de reconstruction nécessitent de soutenir un gouvernement indépendant et souverain qui garantit que les droits fondamentaux soient respectés et que les citoyens soient habilités à réclamer leurs droits.

La situation en Haïti comme pour d'autres États fragiles sera sans doute examinée par les dirigeants du G8 et du G20 lors de leur sommet au Canada plus tard cette année.   Les organisations canadiennes de la société civile, dont Carrefour canadien international, sont à pied d'œuvre pour essayer de rencontrer les chefs de gouvernement, s'assurer que les engagements passés seront honorés, renouveler et renforcer les stratégies de  réduction de la pauvreté, avec un accent particulier sur l'investissement dans les programmes pour les femmes et les enfants. Nous exerçons des pressions pour que le gouvernement offre une assistance aux pays à faible revenus pour faire face aux effets du changement climatique et engager une réforme profonde du système financer mondiale pour aider tous les pays à se remettre de la crise économique.   Mardi dernier, il nous a semblé que le message venait de rentrer.   Dans un éditorial daté du 26 janvier, le premier ministre a reconnu d'une part « qu'on ne devrait pas prendre une catastrophe naturelle pour tourner notre attention vers les moins fortunés », et d'autre part « que les plus pauvres ont été les plus durement touchés par le ralentissement économique mondial et qu'en ces temps difficiles nous devrions répondre à leurs besoins pressants. »  Il a déclaré qu'en tant que président du G8 en 2010, le Canada se fera le fer de lance d'une initiative majeure pour améliorer la santé des femmes et des enfants dans les régions les plus pauvres du monde.

L'engagement du Canada à jouer un rôle de premier plan sur quelques nouveaux projets d'aide internationale est le bienvenu, reste qu'une partie de la population se demande d'où viendront les fonds.    Actuellement, le Canada ne consacre que 0,32 % de son revenu national en aide au développement. C'est moins de la moitié du 0,7 % que nous avons promis de donner.   Lors des sommets internationaux à venir et lors de l'annonce du budget au Canada, ce sera l'occasion d'assumer nos engagements passés et de clarifier notre vision de l'avenir. Ajoutez votre voix à ces efforts et faites savoir à nos parlementaires que les Canadiens se soucient profondément de ces questions et nous croyons que le Canada peut et doit jouer un rôle de premier plan dans l'élaboration et l'application de politiques qui renforceront les droits humains et soulagerons les souffrances de milliards de personnes qui vivent aujourd'hui dans l'extrême pauvreté.