mercredi 4 septembre 2013

Quand la voix des femmes s’amplifie pendant les élections

Cet été, l’Afrique de l’Ouest a été le théâtre du changement véritable qui prend son essor. Les élections pacifiques du Mali semblent témoigner d’un retour vers un régime démocratique, une étape importante sur la voie de la reconstruction du pays. Depuis le coup d’état du début de l’année 2012, plusieurs évènements ont chambardé le leadership du Mali. D’abord, la reprise des conflits entre les rebelles Touaregs et les forces gouvernementales et, ultimement, l’occupation des territoires du nord par plusieurs groupes armés radicaux.

Le coup d’état et la rébellion ont eu des impacts sévères sur tous les Maliens, mais les femmes ont été plus durement touchées encore. Dans quelques cas, la charia a été imposée et les femmes se sont vues privées de leurs droits et forcées de se couvrir de la tête aux pieds. Il y eut une recrudescence des mariages forcés, plusieurs femmes ont été déplacées et les rapports de viols et de brutalité ont abondés. Pour ces femmes, et plusieurs autres au Mali, les élections de cet été évoquent l’espoir et un retour à la stabilité.

Photo: Melissa Belisle
Les candidats politiques reconnaissent de plus en plus l’importance d’aborder les problématiques touchant les femmes pendant leur campagne électorale. Plusieurs d’entre eux ont d’ailleurs fait la promotion de l’importance de l’égalité des genres et de l’autonomisation des femmes. Certains ont même fait l’annonce de propositions telles que l’amélioration du positionnement des femmes dans la gouvernance et la création de fonds spécifiques pour elles. 

Pour plusieurs, Haidara Aissata Cissé personnifie la représentation croissante des femmes en politique et un avenir prometteur pour les femmes du pays. Quoiqu’étant la seule femme à s’être présentée aux élections présidentielles de 2013, et uniquement la deuxième Malienne à ne jamais s’être présentée pour cette position (Sidibé Aminata Diallo s’est présentée en 2007), sa participation à elle seule laisse sous-entendre que l’accès des femmes à la politique gagne du terrain. Malgré le fait que son soutien aux urnes a été éclipsé par l’écrasante victoire présidentielle d’Ibrahim Boubacar Keïta le 11 août dernier, sa vision concernant le rôle des femmes dans le développement du Mali gagne de l’ampleur et ravive le dialogue sur les problématiques qui touchent les femmes au Mali.

Quoique les élections togolaises du 25 juillet aient été dépourvues de candidates féminines à la présidence, un taux sans précédent de 13 % de tous les candidats en lice était représenté par des femmes, ce qui constitue une augmentation de 3 % par rapport à leur taux de participation aux élections de 2007. Ces statistiques soulignent l’importance d’organismes comme notre partenaire GF2D, qui informe les Togolaises sur leurs droits légaux et les encourage à prendre part aux activités politiques.

Malgré la faible représentation de femmes en lice au Togo, les voix féminines telle que celle de la militante Fabbi Kouassi résonnent avec force. Dans un compte-rendu critique et non censuré à propos de la politique togolaise qu’elle a publié sur son blog, elle s’est courageusement lancée dans une croisade afin de rendre la politique équitable pour tous ; sans égard au genre ou à la classe sociale. « Je veux pouvoir regarder nos enfants dans les yeux et leur dire que nous nous sommes battues pour une cause qui en valait la peine, » dit-elle.


Ces voix de femmes qui se font entendre avec force et clarté témoignent de l’importance d’investir dans l’avenir des filles et des femmes. À mesure que leur nombre augmente, leur impact en fera tout autant, créant une incidence durable pour les générations à venir. 

lundi 22 avril 2013

Nos bénévoles et carrefouristes font une vraie différence – nous ne pourrions y arriver sans vous!


Cette semaine, quatre torréfacteurs canadiens se rendront en Bolivie afin de visiter COAINE, une coopérative bolivienne qui soutient 180 familles caféicultrices. Il s’agit d’un heureux hasard puisqu’ils seront en visite pendant la Semaine  de l’action bénévole (du 21 au 27 avril) et que cette initiative n’aurait pu voir le jour sans le bon travail des bénévoles et volontaires internationaux de Carrefour.

Tout a débuté en 2006 lorsque l’un de nos carrefouristes a entamé un mandat au sein de l’entreprise de micro finance FONCRESOL. En six mois seulement, il a contribué à l’élaboration d’un guide de certification en commerce équitable et à l’estimation des besoins de financement pour les  familles désireuses de cultiver et de vendre le café. Suite à ces grandes réalisations, un nouveau type de prêt, le prêt équitable, a vu le jour chez FONCRESOL. Le prêt équitable est offert aux caféiculteurs boliviens des régions rurales, groupe dont plus de 80 pour cent vivent sous le seuil de la pauvreté. Ce prêt leur permet d’augmenter leur production de café et affecte directement d’autres aspects de leur vie – ils peuvent envoyer leurs enfants à l’école, ils ont un meilleur accès aux soins de santé, à l’eau potable, aux services de communication et au réseau de transport, même dans les régions éloignées.

En s’appuyant sur ce premier succès de carrefouriste, les volontaires de Carrefour ont œuvré à ouvrir le marché canadien du café aux producteurs internationaux. En 2011, Mario Condori, caféiculteur et dirigeant de COAINE, est venu au Canada afin de rencontrer des acheteurs potentiels. Sa visite a porté fruit; à l’automne de cette année là, cinq ententes avaient déjà été signées avec des torréfacteurs canadiens qui se sont engagés à se procurer du café bolivien à un prix équitable. La concrétisation de cet accord a pris la forme de deux conteneurs de grains de café envoyés au Canada – plus de 30 000 kilos de café! Cette semaine, les quatre torréfacteurs canadiens visitant la Bolivie exploreront les différentes avenues afin de développer ou d’approfondir leurs relations avec les producteurs boliviens, dans l’espoir de pouvoir importer des grains de café au Canada en 2013. L’un de ces micro-torréfacteurs canadiens explorera également les possibilités de développer une coopérative d’importation avec COAINE à titre de fournisseur principal.

Voilà un excellent exemple du degré de sophistication que le modèle de coopération volontaire a atteint. Carrefour International désire faire une différence en orientant les habiletés de nos volontaires là où elles seront le plus profitables, et nos résultats stupéfiants témoignent du talent et de la compétence de tous nos carrefouristes. Cette formule obtient du succès dans les échanges Sud-Sud entre le Swaziland, le Ghana et le Zimbabwe, dans les échanges Nord-Sud comme la visite de Mario Condori au Canada, et dans les stages de nombreux carrefouristes canadiens chez nos partenaires à l’étranger.

Merci à l’Agence canadienne de développement international (ACDI) de soutenir les échanges de volontaires à l’étranger; au cours de la dernière année 101 volontaires ont participé à ces échanges internationaux basés sur le savoir et la compétence. Tous les carrefouristes ont apporté une contribution significative, que ce soit à l’étranger ou à la maison. Nous avons une équipe formidable de bénévoles dévoués ayant dédié un nombre infini d’heures au soutien de nos programmes, tant par la formation des volontaires, le fait d’être famille d’accueil ou par leur contribution aux levées de fonds. Cette année, nos bénévoles et carrefouristes ont amassé des fonds afin de faire progresser les droits des femmes et des filles en organisant des événements et enligne pour les campagnes de la Journée internationale de la femme et du Club à Club. Grâce à leur contribution, une quinzaine de clubs d’autonomisation pour les filles additionnels seront inaugurés au Swaziland cette année. Qui plus est, le conseil d’administration et les comités de Carrefour International orientent judicieusement notre travail et merci à nos bénévoles et stagiaires nous permettent de concrétiser le tout au quotidien.

Je désire remercier tous nos bénévoles et carrefouristes, d’hier et d’aujourd’hui, ici au Canada et à l’étranger, pour tous leurs efforts; notre travail ne serait pas possible sans vous. Sachez que nous nous valorisons toutes vos contributions, quelles qu’elles soient. Au nom de toute l’équipe de Carrefour, merci! 

jeudi 28 mars 2013

Le Royaume-Uni s’implique dans le vrai changement alors que le Canada brasse les cartes


Le budget fédéral du Canada renfermait quelques surprises. Depuis plusieurs semaines, maintes discussions ont été tenues sur les moyens d’éliminer le déficit et de palier à la pénurie de compétences professionnelles. Cependant, pour ceux qui œuvrent en développement international, l’annonce que l’Agence canadienne de développement international (ACDI) deviendra une filiale du Ministère des Affaires étrangères et du Commerce international (MAECI) a frappé comme une onde de choc. Même les employés de l’ACDI ont révélé avoir appris la nouvelle la même journée que moi, par un tweet envoyé jeudi dernier par Evan Solomon de la SRC.

La nouvelle, si imprévue soit elle, n’est pas si mauvaise. Les ONGs canadiennes et les citoyens avertis ont longtemps revendiqué un ministère de premier plan pour la coopération internationale. Avec ce budget, notre souhait a été exaucé. Mais à quel prix? Le gouvernement dit que sa décision reflète « l’interrelation accrue entre notre politique étrangère, le développement et nos objectifs commerciaux ». Depuis plusieurs années, les gouvernements canadiens, les libéraux comme les conservateurs, ont tous proclamé la nécessité d’une plus grande cohérence au sein de la politique étrangère du Canada. Est-ce que l’absorption de l’ACDI par le MAECI marque le trépas d’un point de mire visant clairement l’éradication de la pauvreté? Est-ce que cet amalgame résultera en un programme de développement plus centré sur les intérêts de la politique étrangère canadienne et du commerce international?

Pas nécessairement. Carrefour soutien également les partenariats public-privé en mettant à profit les compétences de citoyens canadiens, et par des partenariats avec des acteurs du secteur privé. Cette année seulement, les torréfacteurs canadiens soutiendront plus de 180 familles caféicultrices boliviennes afin qu’ils puissent accéder au marché canadien. Le partenariat est avantageux pour toutes les parties prenantes, certes, mais le centre d’intérêt est d’offrir de réelles opportunités commerciales aux producteurs boliviens. Impliquer des acteurs du secteur privé peut s’avérer efficace, et oui, il y a des avantages pour les canadiens, mais en ce qui concerne mon fond de développement, je veux qu’il serve à ceux qui en ont le plus besoin.

Avec le déclin du soutien financier du Canada pour le développement, les estimations actuelles étant d’à peine 0,25 pour cent de notre produit national brute (PNB), nous devrions nous inspirer du Royaume-Uni. Ils ont démontré un leadership hors pair cette semaine alors qu’ils ont annoncé qu’ils allouer 0,7 pour cent de leur PNB afin d’éradiquer la pauvreté. Voilà qui rend le Royaume-Uni le premier de tous les pays du G8 à atteindre un objectif globalement accepté par les nations riches et initialement proposé par le Premier Ministre canadien Lester Pearson dans les années 60. Ceci a été réalisé malgré la menace d’une terrible récession et dans un contexte d’austérité budgétaire. Le Royaume-Uni sait que le développement global mènera vers une économie plus équilibrée et résiliente, et déclenchera un effet domino de progrès en santé, en éducation, en sécurité et en gouvernance.

Le Canada a déjà été chef de file en développement global; souvenez-vous, en 2008 lorsque notre gouvernement a été félicité pour ses efforts visant à délier l’entraide? Ça prenait du leadership. On a mis les besoins et les intérêts des pauvres à l’avant-plan. C’est le genre de leadership dont nous avons besoin. Notre argent a contribué à stimuler le développement économique afin que les gens puissent nourrir leur famille et envoyer leurs enfants à l’école. Des vies ont été sauvées grâce à un meilleur accès aux soins de santé. Cela a permis la capacitation des femmes, l’avancée des droits fondamentaux et a contribué à la bonne gouvernance partout autour du globe. Tout cela a fait une réelle différence dans des millions de vies et il est essentiel que notre stratégie à long terme, en ce qui concerne les fonds de développement, ne soit pas supplantée par des intérêts commerciaux et diplomatiques. En dépit des intérêts économiques domestiques, cet argent devrait être dédié à éradiquer l’extrême pauvreté, et nous ne pouvons perdre de vue cet objectif. Nous devons arrêter de brasser les cartes et commencer à induire de vrais changements.

vendredi 8 mars 2013

Célébrer les victoires du Swaziland en cette Journée internationale de la femme


Pour plusieurs femmes canadiennes, la Journée internationale de la femme ne justifie pas une réflexion profonde. Depuis nos milieux de travail et nos maisons confortables, les injustices qu’affrontent les femmes dans le reste du monde peuvent ne pas nous sembler pertinentes dans notre vie de tous les jours. Que pouvons-nous faire pour les femmes du Zimbabwe qui ont été brutalement violées lors des dernières élections — une tactique utilisée comme arme politique dans beaucoup trop d’endroits? Que peut-il être fait pour les filles, comme Malala Yousafzai, qui ont mis leur vie en jeu simplement pour aller à l’école? Et même si nous nous indignons en voyant les droits fondamentaux des filles et des femmes continuellement mis en péril, que pouvons-nous faire d’aussi loin?

Il est facile d’oublier que de braves pionnières canadiennes nous ont permis d’obtenir les avantages dont nous bénéficions aujourd’hui. Il y a moins de 100 ans, les canadiennes ne pouvaient pas voter et il y a seulement 50 ans, la diffusion d’information à propos de la contraception était criminalisée. En relativement peu de temps, les canadiennes ont fait, et continuent de faire, des gains essentiels que nous espérons permanents dans notre lutte pour l’égalité. Il est clair qu’il y a beaucoup à faire à la maison, de briser le plafond de verre à mettre fin à la violence et aux abus. Cependant, l’égalité entre les sexes ne se limite pas à un pays; l’équité n’est réellement atteinte que lorsque les filles et les femmes de partout bénéficient des mêmes droits et des mêmes avantages. Quand nous entendons des histoires de jeunes filles ne pouvant pas aller à l’école et que nous voyons des images de femmes ayant été systématiquement violées, nous sommes tous affectés. Dans un monde de plus en plus mondialisé et numérisé nous sommes interconnectés — nous pouvons nous indigner de ce que nous voyons mais nous pouvons aussi en être inspiré et prendre action.

Prenez le Swaziland en guise d’exemple. Le Swaziland ActionGroup Against Abuse (SWAGAA), un groupe d’action swazi contre l’abus sexuel, partenaire de Carrefour International, a milité pendant près de deux décennies en faveur d’une réforme légale au Swaziland, où les coutumes sociales, économiques et culturelles renforcent et perpétuent des inégalités entre les sexes et la discrimination dans toutes les sphères de la vie des femmes. Avant qu’une nouvelle constitution ne soit adoptée en 2006, les femmes swazies avaient un statut légal moindre, les empêchant d’accéder au droit de propriété ou même d’ouvrir un compte bancaire sans la permission d’un homme de leur famille.

À la fin de l’année 2012, les femmes swazies ont célébré un succès majeur: l’adoption de laloi pour la protection et le bien-être des enfants. Avec le puissant leadership du SWAGAA et d’autres organisations de défense des droits de la femme, la loi interdit les relations sexuelles avec un enfant de moins de 16 ans, et dorénavant, la loi interdit aux hommes de se marier avec une femme d’âge mineur. Voilà qui représente un immense gain pour les droits de la femme de ce pays puisque les mariages forcés de filles mineures sont pratique courante au Swaziland. De nombreuses filles ont été forcées d’épouser des hommes de plusieurs années leur ainé, les exposant à un risque accru de contracter le VIH dans ce pays réputé pour avoir la plus grande incidence de SIDA au monde. Ces filles et jeunes femmes sont particulièrement à risque puisque plusieurs d’entre elles sont la deuxième, troisième, ou même la quatrième femme d’une union polygame avec peu ou pas d’accès aux soins de santé et à l’éducation.

Grâce à l’élan de cette réussite remarquable, les femmes du Swaziland concentrent actuellement leurs efforts vers l’adoption du projet de loi contre les infractions à caractère sexuel et la violence conjugale. Ce projet de loi remplacerait des lois antiques qui ne traitent pas des crimes tel que le viol avec la force nécessaire pour dissuader les agresseurs. Bien que le projet de loi ait été adopté par l’assemblée législative en octobre 2011, il a été bloqué au parlement et est actuellement devant le sénat. Elles ont maintenant besoin de soutien financier continu afin de poursuivre ce travail révolutionnaire.

Nous vivons dans un monde globalisé où il n’y a pas que l’argent et les biens tangibles qui traversent les frontières, mais aussi les croyances et les injustices. Les canadiennes savent que l’égalité pour les femmes et les filles est un problème qui concerne tout le monde. Alors que le monde semble leur avoir tourné le dos, nous pouvons faire savoir aux femmes sur la ligne de front que nous sommes attentifs et que nous nous soucions de leur sort. En cette Journée internationale de la femme, je vous incite tous et toutes de faire savoir aux femmes du monde que les canadiens se soucient de l’égalité entre les sexes. Soutenez une organisation canadienne travaillant pour l’avancement des droits de la femme ici au Canada, mais soutenez aussi une organisation canadienne travaillant avec des groupes de femmes à l’international. Le changement véritable et durable demande du temps — et de l’argent — mais avec un soutien continu et un effort concerté de toutes les femmes autour du monde, nous pouvons atteindre l’égalité. 

vendredi 2 novembre 2012

Les filles, agentes de changement


Si nous avions, ne serait-ce que l’espace d’un instant, cru que les filles étaient respectées et jouissaient d’un traitement égal, une horrible nouvelle communiquée le mois dernier nous a brutalement et totalement détrompés. Malala Yousafzai, une jeune Pakistanaise de 14 ans, a été attaquée et grièvement blessée par balle par les talibans pour la simple raison qu’elle allait à l’école. L’exemple est certes extrême, mais il témoigne du fait que d’innombrables filles, partout dans le monde, ne jouissent pas des droits humains pourtant les plus fondamentaux.

Les Nations unies ont déclaré le 11 octobre 2012 la première Journée internationale des filles, au terme d’une campagne internationale menée par le Canada. L’exemple de Malala Yousafzai démontre, comme bien d’autres, l’importance d’une journée vouée aux filles. Dans de nombreux pays, le chemin vers l’éducation et un revenu suffisant est semé de graves embûches, sous la forme du mariage forcé et en bas âge, de la violence sexuelle et de l’extrême pauvreté. Cette journée contribue non seulement à braquer les projecteurs sur la discrimination à l’égard des filles, mais aussi sur le travail extraordinaire et inspirant qu’accomplissent des femmes et des filles pour changer leurs communautés et leur monde.

Nous avons ici l’occasion de transformer notre outrage collectif à l’endroit du sort réservé à Malala en appel à l’action; et nous devons la saisir. Nous pouvons appuyer et promouvoir le travail des femmes et des filles extrêmement courageuses qui montent au front. Et nous pouvons décider d’investir dans les femmes et les filles, qui sont des agentes de changement. 

Chez Carrefour, nous misons sur les femmes et sur les filles. Nous investissons dans des idées prometteuses, en offrant à nos partenaires le soutien nécessaire pour élaborer des programmes, les mettre à l’essai, les implanter et échanger ensuite leurs apprentissages avec d’autres. En témoigne l’exceptionnel programme des clubs d’autonomisation des filles lancé en 2008 par le partenaire de longue date de Carrefour, le Swaziland Action Group Against Abuse (SWAGAA). Ce programme offre maintenant à 400 Swazies d’âge scolaire un lieu sûr où parler des abus dont elles sont victimes. Elles y reçoivent du counselling, font l’apprentissage de leurs droits, découvrent les modes de transmission du VIH et prennent part à des discussions sur la violence sexuelle et les abus. Elles y développent aussi leurs habiletés de leadership. Les résultats préliminaires du programme sont prometteurs. De plus en plus de filles sont enclines à parler des abus dont elles sont victimes et à demander de l’aide. D’après les enseignants, dès la première année du programme, le taux de grossesse chez les adolescentes avait chuté de moitié, tandis que la fréquentation et le rendement scolaires des membres du club avaient grandement progressé. Il est à souhaiter que ce programme puisse poursuivre l’autonomisation des filles au fil des ans, de sorte qu’elles soient mieux outillées pour faire valoir leurs droits et devenir les chefs de file de demain.

Carrefour a la grande chance de bénéficier du soutien et du leadership de Cebile Manzini-Henwood, directrice générale du SWAGAA, au sein de son conseil d’administration. L’un des plus beaux côtés de mon travail est de rencontrer des femmes extraordinaires et de collaborer avec elles. Cebile a un parcours professionnel très riche et de nombreuses réalisations à son actif, mais elle est avant tout une féministe, une survivante et une activiste, passionnée des droits des femmes et de la vie. Elle croit que nous avons tous une mission dans la vie et que notre vie ne prend tout son sens que le jour où nous entreprenons la réalisation de ce but ultime. Pour de plus amples renseignements sur Cebile, le SWAGAA et notre travail d’autonomisation des filles, écoutez le balado au lien suivant: http://www.cintl.org/podcast/world-class-broadcasters-raise-for-girls (en anglais).

Pour en savoir plus sur l’importance de la Journée internationale des filles décrétée par l’ONU et les programmes d’autonomisation des filles du SWAGAA, lisez le billet de Karen publié dans le Vancouver Sun du 10 octobre 2012. L’article a aussi paru dans le Saskatchewan Star Phoenix le jour suivant : http://www.vancouversun.com/news/Smart+investments+protect+rights+girls+change+world/7369946/story.html#ixzz2AiCXuJoR




mardi 3 juillet 2012

Un printemps bien rempli

Ici au Canada, l’arrivée du printemps marque le début d’une saison plus clémente où l’on peut ralentir notre rythme de travail et célébrer le retour du soleil, des fleurs et des activités à l’extérieur.

À Carrefour, toutefois, nous étions si occupés que nous avons à peine remarqué le changement de saison. Deux jours après le début officiel du printemps, un groupe de soldats évinçait du pouvoir le gouvernement du Mali, alors que des rebelles s’emparaient de territoires dans le Nord du pays. Pendant un bref moment, la situation a paru échapper à tout contrôle. Le calme est maintenant revenu dans la capitale, mais le coup d’État et l’instabilité persistante dans le Nord ont semé la peur dans le cœur et l’esprit des Maliens. Nos partenaires dans le pays ont redoublé d’efforts pour assurer la poursuite de leurs projets, et nous les avons appuyés sans relâche.

Notre printemps bien rempli, nous le devons aussi à l’essor sans précédent qu’a pris notre travail de promotion des droits des femmes et des filles. Et nous en sommes très fiers. Comme en témoigne le retrait controversé de la mention « accès aux services de santé reproductive » de la déclaration finale du récent sommet RIO+20, les droits des femmes sont toujours l’objet d’âpres négociations dans la plupart des régions du monde. Nous devons demeurer vigilants pour protéger et améliorer les droits des femmes et des filles, et leur accès à des moyens de subsistance durables. Voici les faits saillants du printemps sur ce front :
  • À Toronto, Pam Hillen et Sarah Giddens, volontaires de Carrefour, ont tenu avec grand succès l’événement « Global Girl Power » qui a permis d’amasser 12 000 $ pour des programmes à l’appui des droits des femmes dans les pays en développement. J’ai eu l’honneur d’y prendre la parole aux côtés de Ntombi Nyoni, juriste au sein du Swaziland Action Group Against Abuse, organisation partenaire de Carrefour, et de deux journalistes parmi les plus appréciés au Canada, Lyse Doucet de la BBC, présidente d’honneur de Carrefour, et Anna Maria Tremonti de la CBC. Ce fut une soirée formidable et un plaisir d’entendre Lyse et Anna Maria relater leurs expériences de travail communes et souligner l’importance d’appuyer les filles et les jeunes femmes dans les pays en développement pour qu’elles puissent jouir d’une vie meilleure en toute sécurité.  
  • À Istanbul, des femmes de toutes les régions du monde se sont rassemblées pour apprendre, s’organiser et s’exprimer au 12Forum international de l’Association pour les droits de la femme et le développement (AWID), un événement extrêmement inspirant. Des représentantes de 12 de nos organisations partenaires d’Afrique de l’Ouest et d’Afrique australe, de même que des membres de notre équipe des programmes au Canada ont ainsi profité d’une rare occasion de réfléchir ensemble, de nouer de nouveaux liens et d’échanger des idées pour améliorer la situation des femmes dans nos collectivités.  
  • Au Manitoba, nous avons rencontré les membres du cabinet, y compris le premier ministre Greg Selinger, pour présenter les résultats de notre action avec les populations locales afin de transformer le travail des productrices rurales en Bolivie et au Niger. Les membres du gouvernement et du Conseil manitobain pour la coopération internationale ont chaudement accueilli notre message et ont indiqué qu’ils entendaient maintenir leur soutien aux femmes et aux filles en Afrique et en Amérique latine.
  • À Halifax, Joan Campbell, membre chevronnée (et sortante) du personnel de Carrefour est parvenue à obtenir un appui record de la part d’une nouvelle sympathisante de Carrefour. Marjorie Lindsay a consenti un don additionnel de 50 000 $ pour appuyer le travail de Carrefour auprès des femmes et des filles. Âgée de 86 ans, mais n’ayant rien perdu de sa fougue de jeunesse, Marjorie est une femme inspirante qui croit fermement que les Canadiens doivent appuyer les femmes et les filles tant au Canada qu’outre-mer. Merci Marjorie!   
 Bien que le printemps ait officiellement pris fin le 19 juin, la lutte pour abattre les obstacles qui s’opposent aux femmes et aux filles se poursuit. Dans la foulée de nos succès du printemps, nous tiendrons un événement de financement le 20 septembre à Vancouver, en présence de Rose Mensah-Kutin, directrice générale d’Abantu for Development au Ghana, organisation partenaire de Carrefour. Elle parlera du rôle des femmes au titre des politiques sur les changements climatiques. Si vous prévoyez être à Vancouver à ce moment-là, appelez-nous au 416-967-1611 pour acheter votre billet afin d’assister à cet événement qui s’annonce marquant.

jeudi 26 avril 2012

À Istanbul, un appel à la justice économique et à l’égalité


Sur fond de mosquées anciennes, 2 400 personnes – en majorité des femmes venues pour la plupart de l’Est et du Sud mondial – se sont rassemblées au Forum de l’Association pour les droits de la femme et le développement (AWID) à Istanbul, en Turquie. Nous étions rassemblées pendant quatre jours afin de discuter du thème « Transformer le pouvoir économique pour avancer les droits des femmes et la justice ». Des sessions plénières, qui réunissaient un éventail d’éminentes conférencières, et des séances approfondies sur les rouages de l’économie mondiale s’est dégagé un message clair : l’économie est un enjeu féminin. En effet, les modèles actuels de croissance économique n’ont ni accru la liberté des femmes, ni renforcé l’égalité des sexes, et leurs contrecoups ont heurté les femmes le plus durement. Rebeca Grynspan, secrétaire générale adjointe des Nations unies, a fait état des constatations du Rapport sur le développement dans le monde de 2012 qui porte sur l’égalité des genres et le développement. Elle a souligné que la croissance économique n’avait pas mené à des progrès sur le plan de l’égalité entre les hommes et les femmes et que les crises économiques actuelles tendaient au contraire à exacerber les inégalités. Ces tendances menacent d’effacer tous les progrès accomplis ces dix dernières années sur les plans de la réduction de la pauvreté et de l’égalité.

Bien que personne ne contredise le fait que le système économique actuel est défaillant, les modèles économiques de rechange proposés sont aussi diversifiés que divergents : de l’intégration d’indicateurs de pauvreté liés non seulement au revenu, mais aussi au « temps disponible », à la nécessité d’intégrer à la fois le travail rémunéré et non rémunéré au même indicateur. Beaucoup ont parlé d’« économie solidaire » et de la nécessité de la mesurer. Marilyn Waring, icône du féminisme, économiste politique et ex-directrice de la Reserve Bank of New Zealand, s’est vivement opposée à la marchandisation de tous les aspects de nos vies ou au fait de compter sur l’approche de la commission centrale (l’OCDE) pour définir un modèle économique qui ne repose pas sur le PIB.

Au cours de la première plénière, Gita Sen, professeure auxiliaire en santé publique à Harvard, a fortement encouragé les féministes à prendre le temps de se familiariser avec les rouages de l’économie pour en arriver à mieux comprendre la politique économique et son incidence sur notre travail et nos vies. « L’économie, ce n’est pas la chirurgie du cerveau – c’est un domaine que nous pouvons toutes comprendre. Nous ne pouvons pas laisser la politique économique entre les mains de ceux qui n’ont pas nos intérêts à cœur. Nous devons la comprendre et nous en servir. » Et c’est ce que nous avons fait. Universitaires, organisatrices, économistes, fonctionnaires, dirigeantes d’ONG et philanthropes d’horizons divers, nous nous sommes toutes plongées pendant quatre jours dans des discussions et des débats animés sur des sujets allant de la géopolitique aux solutions mises de l’avant par les mouvements de femmes en passant par la conjoncture mondiale. Nous avons examiné le rôle des banques multilatérales de développement et des institutions financières internationales, et écouté les récits extraordinaires d’activistes qui mènent avec succès des actions locales innovantes pour renforcer l’autonomie des femmes et accroître leur accès aux ressources (de cercles de prêts pour les veuves en Indonésie en guise de solution de rechange au microcrédit à la lutte organisée des Autochtones contre la saisie de terres au Guatemala).

Nous avons également pris connaissance des incidences de la crise financière sur le financement – les budgets de l’ODA, de l’Europe et des États-Unis sont tous réduits. En outre, selon le plus récent rapport Finance-la de l’AWID, bien que tout le monde, gouvernements et entreprises inclus, semble parler des femmes et des filles, très peu de fonds leur sont bel et bien consacrés. Et le financement de base se fait encore plus rare. La situation des organisations est plus précaire que jamais. Le revenu annuel moyen des 740 organisations de femmes qui ont répondu au sondage ne s’élevait étonnamment qu’à 20 000 $US, tandis que le revenu combiné de 2010 de ces mêmes organisations atteignait 106 millions $US – le tiers du budget annuel de Greenpeace. Musimbi Kanyoro, présidente-directrice générale du Fonds mondial pour les femmes, a proposé que nous adhérions collectivement au précepte : « Rien qui nous concerne sans nous », et que nous nous mettions à exiger des comptes des entreprises et des dirigeants. S’ils parlent des femmes et des filles, ils doivent y associer un financement. À ce titre, quelques mesures positives ont été signalées : le gouvernement hollandais continue de donner l’exemple en consacrant plus de 200 millions d’euros au financement direct d’organisations de femmes, et les dons de la part d’individus augmentent. Dans le cadre de la campagne Women Moving Millions – présidée par une Canadienne –, 150 femmes se sont engagées à verser au moins 1 million $ aux organisations de femmes.

La conférence s’est conclue par une spectaculaire marche le long de la principale artère commerçante d’Istanbul – le lieu idéal pour souligner les nombreux défis et contradictions auxquels les femmes sont confrontées. Dans un pays qui connaît une forte croissance économique, et où seulement 25 % des femmes ont un emploi rémunéré, des femmes et des hommes du monde entier se sont rassemblés et, encadrés par les forces policières, ont ri, dansé, chanté et revendiqué la justice économique et l’égalité pour les femmes.

J’ai eu la chance de pouvoir participer à cette conférence avec une douzaine de partenaires de Carrefour, un groupe de femmes inspirantes venues d’Afrique de l’Ouest et d’Afrique australe, qui s’impliquent dans des projets de développement économique au cœur même des communautés. Au lendemain de la conférence, les partenaires ont exprimé lors d’une réunion de débriefing à quel point elles se sentaient unies, renforcées et inspirées tandis qu’il reste encore énormément de travail à accomplir. Elle ne peuvent pas avoir plus raison!

vendredi 1 avril 2011

Faire un pas essentiel


Comme tout le monde, les images des Égyptiens de tous les horizons qui manifestaient sur la Place Tahrir m’ont captivée. D’Égypte au Yémen, en passant par la Libye, les citoyens, tous âges confondus, ont courageusement pris d’assaut les rues de leur pays au nom de la liberté et de la démocratie. Les Nigériens aussi ont vécu un événement marquant pour la démocratie dans leur pays il y a seulement trois semaines; des élections générales qui, selon la plupart des observateurs, se sont révélées libres et justes. L’armée a laissé savoir qu’elle quitterait le pouvoir d’ici avril et qu’elle remettrait le pays entre les mains du gouvernement civil. Dans son allocution à l’occasion d’un forum sur la sécurité alimentaire le 30 mars à Montréal, Boureima Garba, secrétaire général de l’ONPHDB, partenaire de Carrefour, a déclaré que la démocratie, bien qu’elle ne nourrissait pas encore la population nigérienne, lui permettait néanmoins de faire entendre sa voix et d’influer sur les décisions du gouvernement en matière d’investissement dans l’agriculture durable et d’autres programmes de développement. Des élections libres et démocratiques sont un premier pas vers la sécurité alimentaire au Niger.

Ici au Canada, nous sommes donc à l’aube d’une nouvelle campagne électorale fédérale, et je combats tant bien que mal le cynisme qui m’habite quant à l’état de la démocratie dans notre pays. Lors des dernières élections fédérales, le taux de participation a été le plus faible de toute l'histoire, avec seulement 59 pour cent des électeurs inscrits ayant exercé leur droit de vote. Devant le discours politique actuel qui semble osciller entre mascarade politique et médisance partisane, difficile de croire que les choses vont changer. Je refuse toutefois de croire qu’elles ne peuvent qu’empirer. Des citoyens du monde entier ont risqué leur vie pour faire valoir leur droit à des élections libres et démocratiques, du Zimbabwe au Niger, dans toute l’Afrique du Nord et au Moyen-Orient. Nous ne pouvons tout simplement pas nous permettre de tenir notre démocratie pour acquise.  

Certains diront que la démocratie est la raison d’être même des présentes élections, tant pour le respect des institutions démocratiques que pour la responsabilité gouvernementale. Pour d’autres, c’est l’économie. En fait, les enjeux électoraux sont nombreux : chômage, soins de santé, vieillissement de la population et rôle du Canada dans le monde. Peu importe notre position sur ces enjeux, si seulement 59 pour cent d’entre nous prennent le temps d’aller voter, quel message envoyons-nous aux décideurs? Si nous voulons que les choses bougent, nous aurions à mon avis avantage, à l’instar de nos homologues d’Afrique du Nord et du Moyen-Orient, à agir. Manifestez-vous. Votez. Et encouragez vos amis, vos collègues et les membres de votre famille à le faire. Contrairement aux citoyens d’Afrique et du Moyen-Orient, nous ne risquerons pas notre vie en allant voter, mais en n’y allant pas, nous risquons de tout perdre.

mardi 1 mars 2011

Ouvrons les portes!

Célébrez le 100e anniversaire de la Journée internationale des femmes en rendant hommage à une femme inspirante

Cette année, j’ai célébré mon 50e anniversaire de naissance entourée de ma famille et de mes amis. Parmi eux, il y avait des dizaines de femmes qui, au fil des ans, ont profondément marqué ma vie personnelle et professionnelle. En faisant le point (comme on le fait souvent à un jalon important de nos vies), j’ai réalisé qu’elles avaient influencé non seulement ma vie, mais aussi celle de beaucoup d'autres. En tant que mères, sœurs, conjointes, avocates, comptables, travailleuses sociales, bénévoles et amies, elles touchent des milliers de personnes. Ces femmes dirigent des organisations, appuient des organismes, et exercent des fonctions de leader dans leur collectivité. Je suis privilégiée de les avoir en guise de mentors, de collègues et d’amies.

Mais l’une des femmes les plus déterminantes dans ma vie n’était pas présente à ma fête d’anniversaire, ma mère. À l’occasion de la Journée internationale des femmes, c’est à elle que je veux rendre hommage. 

Quand j’avais neuf ans, ma mère a décidé de quitter une relation de violence et d’élever seule ses cinq enfants. Dans les années 1960 et 1970 au Québec, il y avait bien peu de ressources à sa disposition. Partir signifiait qu'elle devrait travailler sans relâche pour arriver à joindre les deux bouts. Malgré les énormes obstacles sur son chemin, les longues heures qu’elle consacrait à son travail et à sa famille, elle trouvait toujours le temps nécessaire pour aider les autres, en faisant du bénévolat et en partageant le peu que nous avions. Encore aujourd’hui, ma mère est une bénévole active. Auprès de ma mère, j’ai découvert le courage, la force, la résilience et la générosité des femmes. 

Peut-être est-ce la volonté de suivre son exemple qui m’a amenée chez Carrefour. Aujourd’hui, Carrefour appuie des milliers de femmes ordinaires qui ne sont pas très différentes de ma mère. Ces femmes qui sont confrontées à d’énormes obstacles, peinent à gagner leur vie et améliorer celle de leurs enfants. Des femmes ordinaires, oui, mais qui font des choses extraordinaires – créer des entreprises viables, remettre les lois en question et les changer pour faire en sorte que d’autres puissent vivre à l’abri de la violence, et éduquer des filles afin qu’elles puissent réaliser leur plein potentiel. 

Chez Carrefour, nous ouvrons les portes à des milliers de femmes en Bolivie et en Afrique. Nous le faisons grâce au microcrédit qui les aide à mettre sur pied et à faire prospérer de petites entreprises. Nous le faisons aussi en contribuant à la création de coopératives qui permettent aux femmes de transformer leurs activités traditionnelles en entreprise viable et durable, génératrice de revenus. Nous investissons aussi dans des programmes d’autonomisation et de leadership à l’intention des filles et des jeunes femmes. Dans les collectivités où la violence faite aux femmes est endémique et où les femmes ne jouissent d’aucun droit humain fondamental, ces programmes donnent la possibilité aux femmes de devenir des chefs de file dans leur communauté. Fortes de cette confiance et ces compétences, ces femmes et ces jeunes filles bouleversent le statu quo et travaillent pour le changement

Joignez-vous à notre campagne OUVRONS LES PORTES! À l’occasion du 100anniversaire de la Journée internationale des femmes, participez aux célébrations en aidant des femmes en Afrique et en Bolivie à ouvrir des portes d'opportunités.

Il n’y a rien de plus facile :
  1. Inscrivez-vous et fixez-vous un objectif de financement personnel. 
  2. Pensez à une femme qui a ouvert des portes pour vous et à laquelle vous voulez rendre hommage en ouvrant des portes pour les femmes en Bolivie et en Afrique. Racontez son histoire sur votre page personnelle.
  3. Envoyez un courriel à vos amis. Demandez-leur de faire un don à la campagne OUVRONS LES PORTES en l’honneur d’une femme qui les inspire. 
  4. Changez des vies à jamais.

Votre don permettra à des femmes de certains des pays les plus pauvres du monde de gagner un revenu durable et d’accéder à l’autonomie. Merci pour votre appui!




mardi 1 février 2011

Motifs d'espoir


En 2011, j’ai décidé d’amorcer l’année différemment et de faire fi des résolutions du Nouvel An. Pas que je sois incapable de tenir mes résolutions : au fil des ans, celles-ci m’ont amenée à courir un demi-marathon, à cesser de fumer, et à suivre le cours de peinture dont j’avais tant parlé.

En 2010, la situation s’est énormément détériorée pour un grand nombre de personnes dans le monde. Il y a d’abord eu le tremblement de terre en Haïti, puis la sécheresse prolongée au Niger, puis les inondations dévastatrices au Pakistan et dans de nombreux autres pays. Or, ces terribles désastres ne sont rien comparativement à la misère qui les a précédés et qui continue de gruger le potentiel de 1,75 milliard de personnes, d’année en année. Cette année donc, les bonnes résolutions personnelles ne me suffisent plus, j’ai besoin de motifs d’espoir.

Voici donc mon palmarès 2011 des 10 motifs d’espoir — puisés auprès de Carrefour et dans le monde — où, malgré les obstacles, les gens ont uni leurs forces pour faire valoir leurs droits de vivre dans la dignité, de gagner un revenu décent et de déterminer leur avenir.

Des femmes exercent leur leadership au Togo
Togo — En date de janvier 2010, le partenaire de Carrefour GF2D avait offert une formation en matière de leadership à plus de 130 femmes dans 36 villages. Des femmes comme Abla, 63 ans, qui ont acquis de l’assurance grâce cette formation, trouvent des moyens d’accroître la participation des femmes à la prise de décisions. Abla, pour sa part, a réussi à faire en sorte que la route qui mène à son village soit accessible à longueur d’année et que les autorités affectent bel et bien les fonds que les villageois avaient amassés à la construction d’une école. Autre motif d’optimisme? La fondatrice et membre du conseil d’administration de GF2D, Kafui Brigitte Adjamagbo Johnson, est devenue la première femme à se porter candidate à la présidence du Togo.

Adoption d’une loi instituant la parité au parlement sénégalais
Sénégal — En mai, le parlement sénégalais a adopté avec une écrasante majorité une loi qui instaure la parité intégrale entre les sexes. À tous les ordres de gouvernement, les partis politiques doivent dorénavant présenter un nombre égal de candidates et de candidats aux élections. Les activistes saluent l’adoption de la loi et affirment qu’elle augmentera le nombre de femmes au parlement sénégalais.

Les femmes de nouveau au rang des priorités?
Canada — Vous auriez bien sûr pu vous offusquer qu’une sénatrice bien connue lance à votre intention et à celle de vos sympathisantes « Fermez vos cri?#! de gueules. » Mais, ce petit conseil politique éclairé, donné en mai dernier par la réputée sénatrice et activiste des droits des femmes Nancy Ruth à un auditoire d’activistes des droits des femmes, a jeté les bases d’un débat national crucial sur l’engagement du Canada en matière de droits des femmes au pays et ailleurs dans le monde. Le débat s’est articulé autour de la promesse du Canada de s’imposer comme chef de file mondial, grâce à son initiative sur la santé maternelle et infantile au G8/G20.

Reconnaissance longtemps attendue pour les Zimbabwéennes
Zimbabwe – Chaque fois que la situation des femmes au Canada m’afflige, je pense à la Coalition des femmes du Zimbabwe. Malgré l’oppression brutale et une crise économique d’une ampleur totalement inconnue au Canada, elles continuent de travailler – et de se faire entendre. En mai, la Coalition des femmes du Zimbabwe a été reconnue au Canada pour son travail soutenu de promotion des droits des femmes, notamment pour l’adoption en 2007 d’une mesure sans précédent, la Loi sur la violence familiale. Le Conseil canadien pour la coopération internationale a rendu hommage à la Coalition en créant le Fonds Betty Plewes, un prix annuel qui souligne le leadership remarquable d’une organisation à but non lucratif africaine dont le travail de recherche et politique renforce les droits des femmes.

Lancement d’ONU Femmes
Monde — En juillet, les États membres de l’ONU ont créé l’Entité des Nations unies pour l’égalité des sexes et l’autonomisation des femmes — ONU Femmes — pour accélérer les progrès en matière d’égalité des sexes et d’autonomisation des femmes. En septembre, l’ex-présidente du Chili, Michelle Bachelet, une femme dotée d’une force extraordinaire, a été nommée directrice générale de la nouvelle organisation.


Croissance du commerce équitable
Bolivie – En septembre, avec l’appui de Carrefour, FONCRESOL a créé un projet pilote, Fonds de prêts pour le commerce équitable. Une recherche réalisée par des Carrefouristes et FONCRESOL a permis de cerner trois étapes cruciales où les agriculteurs ont besoin d’une injection de capitaux : production, postrécolte et commercialisation. Or, les sommes dont ont besoin les producteurs du commerce équitable sont soit trop élevées pour faire l’objet d’un microprêt ou trop petites et assorties d’un risque trop grand pour les banques traditionnelles. Le projet pilote a connu un franc succès. En trois mois, les producteurs ont réussi à exporter leur café en Belgique et à rembourser leur prêt. Le fonds Crédito Justo de 50 000 $ permettra dorénavant aux producteurs du commerce équitable de développer leur entreprise.

Semences de l’espoir
Niger – Les nouvelles en provenance du Niger n’ont pas été bonnes. Conjuguées à l’instabilité politique, la sécheresse prolongée et les inondations extrêmes qui ont suivi et emporté les cultures et les maisons dans de nombreuses régions du pays ont plongé dans une situation désespérée une population déjà reconnue comme la plus pauvre dans le monde. Or, nos partenaires continuent d’aider les gens à accroître leur résilience – avec des banques de semences qui garantissent l’approvisionnement en semences pour les récoltes futures et la création de coopératives de produits locaux comme le beurre de karité et les jardins maraîchers qui procurent un revenu à leurs membres. En octobre, Carrefour a fourni à ses partenaires nigériens ONPHDB et ADD l’occasion de participer à une conférence régionale exceptionnelle sur l’économie sociale au Maroc. Les partenaires nigériens ont pu y rencontrer d’autres praticiens et, dans la foulée, améliorer et élargir leurs programmes, de même que stimuler les investissements futurs dans l’économie sociale en Afrique.

Un nombre croissant de filles font valoir leurs droits
Swaziland – En novembre, au terme d’un projet pilote fructueux fondé sur un modèle éprouvé au Zimbabwe, trois nouveaux clubs d’autonomisation des filles ont vu le jour au Swaziland, qui en compte maintenant huit. Aujourd’hui, plus de 280 filles participent aux clubs. Quels en sont les résultats? La coordonnatrice adjointe des clubs de filles récemment embauchée est… une ex-membre d’un club!

Vélos et votes
Ghana – En décembre, le Ghana a tenu des élections de district. Sur un total de plus de 17 000 candidats, moins des huit pour cent étaient des femmes. Mais, grâce à l’appui d’ABANTU, trois candidates dans la région de l’Upper West célèbrent aujourd’hui leur victoire en tant que représentantes à l’Assemblée de district. Avec l’appui de Carrefour canadien international et de la YWCA Canada, ABANTU a offert de la formation et de l’assistance à dix femmes candidates dans la région, notamment en mettant à leur disposition des vélos pour aider leur équipe à faire campagne.

Des jeunes bâtissent leur avenir
Mali – L’an dernier, Carrefour a amassé des fonds à l’intention d’un programme d’entrepreneuriat jeunesse au Mali. Grâce à ces fonds, 100 jeunes – 50 jeunes femmes et 50 jeunes hommes – travailleront avec AJA, partenaire de CCI, à mettre leur propre entreprise sur pied. Dans le cadre du programme, ils renforceront leurs compétences en planification d’affaires, seront encadrés par un coach et auront accès à des fonds de microcrédit spéciaux.

mercredi 1 décembre 2010

De bonnes raisons de donner


Samedi dernier, mon journal débordait de brochures et de suppléments du temps des Fêtes. La foule de produits offerts m’a renversée : des idées-cadeaux pour mes sœurs, mes nièces, ma douce moitié, ma tante et mon chat! Le seul problème, c’est que mes proches n’ont en somme besoin d'aucuns de ces produits et, bien que mes nièces prétendront au contraire avoir bien des besoins, elles sont à l’âge où je ne me risquerais pas à choisir pour elles ne serait-ce qu’une épingle à cheveux. Les appareils de cuisine d’un rouge éclatant étaient bien sûr très alléchants, mais aucun d’entre nous n’a l’espace nécessaire pour les loger dans sa cuisine. Quant au chat, eh bien…

Que faire, donc, pour célébrer le temps des Fêtes cette année? Céder à la folie des Fêtes ou y renoncer? Pour ma part, j’opterai pour un heureux mélange des deux.

Cette année, je suis les traces de Lawrence Hill. Le triple Carrefouriste et auteur de renom (The Book of Negroes) a amorcé ses achats des Fêtes en redonnant à Carrefour. C’est ce que j’ai fait moi aussi. Cette année, et en guise de nouvelle tradition des Fêtes, faites-vous le plaisir de donner en offrant un cadeau qui redonne de Carrefour.

J’ai beaucoup appris sur l’importance de donner auprès de Carrefour. 

Les volontaires de Carrefour parlent rarement de ce à quoi ils ont dû renoncer en partant outre-mer. Ils parlent plutôt de ce qu’ils y ont reçu, soit une nouvelle perception de leur place dans le monde, ainsi que des compétences et des apprentissages qui ont transformé leur vie.

Nul doute que le don que font les Carrefouristes les enrichit, mais il enrichit aussi chacun d’entre nous en nous faisant mieux comprendre les disparités entre le Nord et le Sud et en les réduisant.  

Mais à quoi les Carrefouristes renoncent-ils donc? La plupart des volontaires subissent initialement un choc au contact avec le milieu du travail dans le monde en développement. Comment créer une base de données, alors qu’il n’y a de l’électricité que quelques heures par jour? Créer un site Web avec un accès à Internet par ligne commutée? À qui dois-je demander l’autorisation pour offrir cet atelier? Les Carrefouristes apprennent vite à ralentir leur tempo, à demander conseil, à bien écouter et à développer leur créativité pour compenser les inégalités et la pénurie de ressources. Et la plupart, avec l’aide de leur famille hôte et de leurs collègues, découvre la richesse de la vie communautaire où les relations interpersonnelles ont priorité.

Les Carrefouristes ne savent pas d’emblée comment apporter leur aide. De nombreux Canadiens partagent le même sentiment. En 2007, six pour cent seulement des dons consentis par les Canadiens sont allés à une cause de développement international*. Comme en témoignent les centaines de millions de dollars récoltés pour les victimes du tsunami en Asie du Sud-Est et celles du tremblement de terre en Haïti, ce n’est pas par manque de compassion. Mais le développement et les stratégies à long terme nécessaires pour éliminer les causes profondes de la pauvreté extrême sont souvent trop nuancées pour faire l’objet d’un appel d’aide. D’où la prolifération d’idées-cadeaux à l’effigie de chèvres et d’enfants dans le besoin. Comment peut-on avoir la certitude que ces dons vont réellement faire une différence dans la vie des gens qui vivent à l’autre extrémité du globe? 

C’est pourquoi Carrefour travaille avec des partenaires locaux pour créer des projets conjoints qui répondent à leurs objectifs. Nous ne mettons en place ni bureaux ni projets indépendants outre-mer. Nous investissons plutôt dans les gens et les organisations qui stimulent le changement dans leurs propres collectivités. 

Pour en revenir à la folie des Fêtes, je suis heureuse qu’au moins une fois par année, on nous rappelle que nous sommes ici pour autre chose que pour nous-mêmes. Cette année, durant le temps des Fêtes, je consacrerai du temps à mes amis et à ma famille et j’honorerai ceux qui m’ont inspirée à l’autre bout du monde.

mardi 1 juin 2010

Passer des mots à l'action

Les femmes du Zimbabwe sont un modèle de lutte pour l'égalité

J’ai lu récemment Electing to Rape: Sexual Terror in Mugabe’s Zimbabwe, un rapport de l’organisation AIDS Free World, une initiative optimiste et ambitieuse co-fondée par l’ex-Envoyé spécial des Nations unies, Stephen Lewis.  

D’une page à l’autre du rapport, s’étalent les récits de femmes victimes de viols et d’actes de brutalité horribles. J’en avais les tripes nouées. Même des femmes dont le lien avec l’opposition politique est extrêmement ténu ont été la cible de ces actes. J’ai dû interrompre ma lecture.

Ce n’était bien sûr pas la première fois que je prenais connaissance de la terreur à laquelle se heurtent les Zimbabwéennes. En novembre 2008, les partenaires de défense des droits des femmes de Carrefour ont tenu une rencontre à Cape Town. Pour les Zimbabwéennes, cette rencontre s’est révélée un véritable exutoire. Elles ont livré un témoignage accablant sur la violence faite aux femmes et leurs craintes d’en être victime, alors qu’elles travaillent sans relâche pour appuyer les femmes, individuellement, et pour revendiquer la fin de la violence dans leur pays.

Donc, quand j’ai appris que la Coalition des femmes du Zimbabwe, un partenaire de CCI, avait reçu le prix Betty Plewes du Conseil canadien pour la coopération internationale en reconnaissance de son travail de promotion des droits des femmes, j’étais au septième ciel.

Carrefour canadien international a reçu le prix au nom de la Coalition des femmes du Zimbabwe et de toutes ses membres à l’occasion de l’assemblée générale du CCIC à Ottawa le 27 mai, en l’absence de la coordonnatrice nationale de l’organisation, Netsai Mushonga, qui n’a pas pu obtenir de visa pour venir au Canada. Pour en savoir plus

Nous avons beaucoup à apprendre de ces femmes courageuses. En dépit de la brutale oppression et d’une crise économique d’une ampleur inimaginable pour nous, elles continuent de travailler et de faire entendre leurs voix.

Naturellement, il n’y a pas qu’au Zimbabwe où les femmes sont victimes de violence. Dans plusieurs pays où nous travaillons – Swaziland, Sénégal – la violence faite aux femmes demeure généralisée et débilitante. Qui plus est, le recours systématique à la violence à l’endroit des femmes augmente dans notre monde de plus en plus militarisé.

C’est pourquoi il est vital que nous, au Nord, prenions la parole. Non seulement devons-nous dénoncer la violence à l’endroit de nos collègues et amies du Sud, mais aussi nous porter à la défense de toutes les femmes.

Lors du débat qui a fait couler beaucoup d’encre Où est le leadership du Canada en matière de promotion de l’égalité entre les sexes et des droits des femmes – qui a réuni le 3 mai sur la Colline parlementaire des spécialistes des droits des femmes et des femmes politiques de toutes les allégeances) –, la sénatrice Nancy Ruth, qui défend depuis longtemps les droits des femmes, a adressé un conseil éclairé à ses homologues : « Fermez vos cri*#! de gueules » ou vous risquez de vous attirer des représailles.

Son conseil, bien qu’un brin dramatique, était stratégique et empreint de bonnes intentions. C’est cependant la réponse simple de la panéliste Lydia Alpizar, directrice générale de l’Association pour les droits des femmes et le développement, que je retiens : « Je connais très peu de droits qui ont été acquis en gardant le silence », a-t-elle affirmé. Elle a prévenu les Canadiennes que la fermeture manifeste de l’espace démocratique où débattre ouvertement de ces questions et faire valoir nos droits dans notre pays pouvait aussi avoir de graves répercussions pour les communautés du Sud qui en sont encore à lutter pour définir ces espaces.

Comme l’a souligné Lydia Alpizar : « Il n’y a pas de baguette magique pour faire apparaître l’égalité entre les hommes et les femmes et les droits des femmes ». Des interventions comme l’intégration des questions relatives au genre, la microfinance et les systèmes de quotas pour l’accès des femmes à la vie politique sont toutes de bonnes idées pour lesquelles les femmes se sont battues. Mais « aucune d’entre elles, individuellement ou conjointement, ne va nécessairement mener à l’autonomisation des femmes. »

Qu’est-ce qui fonctionne ? Quel devrait être notre rôle ?

La réponse ne se situe pas seulement dans la teneur des programmes que nous mettons en place ou appuyons, mais aussi dans nos façons de faire. Notre rôle n’est pas d’apporter des solutions aux femmes du Sud, mais plutôt de travailler avec elles, d’investir dans leur potentiel, de défendre leurs droits et les nôtres. Tant au niveau local, comme le font les membres de la Coalition des femmes du Zimbabwe, qu’au niveau national et international, les femmes et les groupes de femmes sont les moteurs de la lutte pour l’égalité entre les sexes. Elles conçoivent et mettent en œuvre des stratégies pour permettre aux femmes de s’affranchir de la violence, d’accroître leur autonomie économique, d’affirmer leurs droits sexuels et à la reproduction, et de participer à parts égales dans une vaste gamme d’espaces politiques où sont prises les décisions qui affectent leur vie et leurs communautés.

Au lendemain du débat sur la Colline parlementaire, notre propre gouvernement a fait l’objet de vives critiques pour avoir sabré dans le financement de plus de 14 groupes de femmes, y compris celui de nos collègues de Match International, qui seront ainsi forcés de fermer leurs portes. Dans une intervention à la Chambre des communes au sujet des compressions budgétaires, l’honorable John Baird a déclaré : « Monsieur le Président, je vais être très clair. Notre gouvernement accorde un montant record de financement aux groupes de femmes. Nous avons un gros critère : nous voulons moins de causerie et plus d’action. »

Selon mon expérience de travail dans le milieu des droits des femmes au Canada et dans le monde depuis presque 20 ans, l’un ne va pas sans l’autre. Les droits ont préséance, les programmes pour atténuer les effets de l’inégalité suivent. Il est difficile de départir les organisations de femmes qui offrent des services de qualité de celles qui les ont exigés au départ.

La Coalition des femmes du Zimbabwe est un cas d’espèce. « Durant la violence, nous avons commencé à comprendre que nous devions intensifier nos efforts pour bâtir la paix et intervenir dans la vie politique de notre pays, a déclaré Netsai Mushonga dans un entretien à partir du Zimbabwe. Les femmes sont en très bonne posture pour mettre en place des changements sociaux positifs, a-t-elle ajouté. Pendant que certains hommes sont encore en « mode combat », des femmes investissent en développement et paix. Elles ne laissent plus l’espace public aux hommes ; elles l’occupent et y font valoir leur point de vue.

Bien que les gouvernements semblent mettre du temps à reconnaître cette notion fondamentale, nous avons la chance d’avoir au Canada un prix qui le reconnaît.

mercredi 31 mars 2010

Repenser l’efficacité du développement

Il y a quelques jours, j’ai rencontré une Carrefouriste qui m’a donné à réfléchir.

Marina Salazar est une volontaire de 32 ans de Cochabamba, en Bolivie. Elle travaille auprès de Foncresol, un partenaire de longue date de Carrefour qui s’attache à réduire la pauvreté en offrant des prêts pour le démarrage de petites entreprises à certaines des personnes les plus pauvres de la Bolivie.

Marina est venue au Canada pour travailler avec l’organisation Haida Gwaii Community Futures et les communautés des Premières nations de l’archipel Haïda Gwaii. Son pays est le plus pauvre d’Amérique du Sud : la vaste majorité de la population bolivienne vit avec moins de 2 $ par jour.

Le but que Marina s’est fixé dans le cadre de son mandat au Canada est pour le moins inattendu : aider les communautés des Premières nations à mettre sur pied des banques communales pour sortir de la pauvreté.

C’est un domaine qu’elle connaît bien. Marina aide des gens, surtout des femmes, à démarrer de petites entreprises. L’un des principaux outils qu’emploie Foncresol pour y arriver est la banque communale. Pratiquement incapables d’obtenir des prêts auprès des institutions de crédit conventionnelles, les femmes sont les principales bénéficiaires des banques communales. La seule garantie qu’elles offrent en échange de leur prêt est la confiance des unes envers les autres. « Ces initiatives, au-delà de leur objectif économique, aident les gens à exercer leur leadership, déclare Marina. C’est une démocratie. Les membres choisissent parmi eux un président, un trésorier et un porte-parole. Ces personnes doivent rendre des comptes et, en cas de départ d’un membre, elles doivent veiller au remboursement de son prêt.»

Depuis 11 ans, Carrefour appuie Foncresol de diverses manières. Des volontaires canadiens ont contribué à l’analyse du risque et à l’étude de marché ainsi qu’aux aspects plus pratiques du travail, comme la conception de systèmes. CCI a aussi permis à Foncresol d’élargir la portée de son travail auprès des femmes en fournissant des fonds aux fins de microcrédit. Foncresol appuie maintenant plus de 200 banques communales. Marina m’a parlé de femmes qui parviennent à subvenir de plus en plus aux besoins de leur famille, à envoyer leurs enfants à l’école et à prendre leur vie en main. Et peu importe ce qui arrive, semble-t-il, elles remboursent leur dette.

Marina a effectué un long séjour au Canada. Selon elle, il est rare qu’en Bolivie une femme occupe un poste comme le sien. « Ce poste m’intéressait beaucoup, mais je pensais avoir très peu de chances de l’obtenir. Je me disais : je suis Bolivienne, je ne parle pas la langue. Les gens dans le Nord sont intelligents. Que pourrais-je donc leur apprendre? ... Ça me faisait très peur. Mon patron m’a dit que je devais mettre tout en œuvre pour obtenir ce poste, et nous y avons travaillé pendant quatre ans. Le projet auquel je comptais participer avait pour but de mettre sur pied des banques communales dans des communautés des Premières nations, en collaboration avec l’organisation Community Futures. »

« Les membres des Premières nations ont de nombreux problèmes économiques et sociaux, mais ils veulent agir pour améliorer leurs conditions de vie et s’affranchir de la drogue et de l’alcool. Nos clients en Bolivie veulent la même chose. Je crois que partout sur la planète, les gens ont le même rêve. Les gens veulent se lever le matin tout en sachant qu’ils ont du travail et que leurs enfants auront de quoi manger ce jour-là, et le suivant. Quand je me promenais dans les rues à Haïda Gwaii, les gens me saluaient. Ils savaient que j’étais là pour les aider à mettre sur pied des banques communales. La confiance qu’ils m’ont témoignée m’a beaucoup émue. »

« Cette expérience m’a apporté beaucoup plus que je ne l’imaginais. J’ai constaté que les gens de mon pays n’étaient pas les seuls à avoir besoin d’aide. De différentes manières et sous diverses formes..., je peux apporter quelque chose aux gens, grâce à mon engagement. Ce fut l’expérience la plus extraordinaire de ma vie. Ce partenariat a renforcé mon engagement envers Foncresol. Je crois que je vais y travailler jusqu’à la fin de mes jours. »

Cette rencontre m’a fourni matière à réflexion. La même semaine, je prononçais l’allocution d’ouverture de l’une des consultations du Forum sur l’efficacité du développement des Organisations de la société civile (OCS) qui se déroulent dans plusieurs pays. Je dois dire que j’ai passé énormément de temps dans des salles de conférence à discuter de l’efficacité de l’aide, mais, comme il ressort de ce forum, le véritable défi est d’arriver à accroître l’efficacité du développement.

Le monde a changé. De profondes disparités subsistent entre le Nord et le Sud. Or, en de nombreux endroits – notamment en Bolivie – a émergé une société civile solide. Et ces acteurs du développement de plus en plus puissants ne sont pas avares de critiques envers leurs homologues du Nord.

En tant qu’OCS du Nord, nous contribuons maintenant à hauteur de 25 milliards de dollars aux efforts de développement. Les cinq plus grandes familles d’ONG internationales de développement fournissent à elles seules des ressources qui totalisent 6 milliards de dollars. C’est plus que certains gouvernements.

Nous pourfendons les dirigeants mondiaux et dénonçons l’échec des donateurs à répondre aux réalités changeantes des pays en développement. Or, nous commençons à peine à jeter un regard critique sur notre travail. En tant qu’OCS du Nord, incarnons-nous les valeurs de solidarité sociale, de participation, de transparence et de respect que nous prônons? Suivons-nous les orientations et les priorités des acteurs locaux? Réussissons-nous à contribuer à un développement qui favorise l’autonomie des populations pauvres et marginalisées et habilite les femmes à faire valoir leurs droits?

Notre collègue canadien, Bernard Wood, chef de l’équipe de l’évaluation internationale de la Déclaration de Paris sur l’efficacité de l’aide, a déclaré : « Tout développement est indigène, de sorte que les gens de l’extérieur qui veulent aider doivent d’abord et avant tout travailler en vue d’autonomiser et d’appuyer. Si nous essayons de dicter ou d’imposer des façons de faire, nos actions n’auront jamais de résultats durables. »

Je crois qu’à Carrefour, nous l’avons toujours compris. Il est probablement trop tôt pour évaluer si une jeune banque communale à Haida Gwaii améliorera la vie des Premières nations qui l’ont créée (bien que Marina en soit convaincue), mais nous savons d’ores et déjà que notre partenariat avec Foncresol améliore la vie de Boliviennes. Marina, pour sa part, considère dorénavant les enjeux auxquels se heurtent la population de son pays et les communautés de Haida Gwaii comme des enjeux mondiaux, et elle croit pouvoir contribuer à leur solution.

L’activiste et éducatrice autochtone australienne, Lila Watson, a déjà dit : « Si vous êtes venus ici pour m’aider, vous perdez votre temps... Mais si vous êtes venus parce que votre libération est liée à la mienne, et bien travaillons ensemble. »

Ce principe est au cœur de l’approche de Carrefour. Bien que l’inégalité d’accès aux ressources et des obstacles culturels et linguistiques nous séparent, nous sommes tous inextricablement liés dans une cause humaine commune. Chaque jour, nous travaillons à éliminer ces obstacles pour bâtir notre avenir commun.